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The History Collection

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Hanotaux, Gabriel, 1853-1944 / Histoire illustrée de la guerre de 1914
Tome 15 (1923)

Chapitre LXVIII: La crise militaire de 1917,   pp. 147-212 PDF (37.4 MB)


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HISTOIRE ILLUSTRSE DE LA GUERRE DE I914
il faut une nuit pour le rassembler. Au 32e corps,
un dÈpÙt divisionnaire refuse de se rendre
ý l'exercice. A la i58e division, le 26 mai,
des groupes prÍts ý remonter en secteur
rÈclament avec insistance des permissions;
des soldats abandonnent les rangs. Le 27, ý
FËre-en-Tardenois, I44 mutins veulent, ý tout
prix, prendre place dans un train. Cependant,
partout, gr'ce ý l'action personnelle des
officiers, les troupes rentrent assez rapidement
dans le devoir. Le 29 mai, des manifestations
se produisent dans les 5e et ge divisions,
dirigÈes contre le gouvernement  qui a refusÈ
de faire la paix quand l'Allemagne la lui
offrait ª.
  Le 2 juin, ý Coeuvres, une compagnie se
mutine, prend la route de Villers-Cotterets et
dÈclare marcher sur Paris. On rÈussit ý l'em-
pÍcher de dÈpasser les bois au sud de Coeuvres
Cependant la situation Ètait assez grave pour
que le gÈnÈral Maistre obtÓnt de retarder
l'action offensive prÈvue sur le Chemin des
Dames au dÈbut de juin, en mÍme temps que
l'attaque britannique sur la crÍte de Messines.
 Nous risquerions, dit-il, de voir les hommes
ne pas sortir des tranchÈes. ª
  Quelles explications donner sur cet Ètat
d'esprit, d'ailleurs localisÈ et qui, gr'ce au
bon sens de la race, devait disparaÓtre aussi
rapidement qu'il Ètait apparu ? Certes, il y
avait eu des dÈceptions militaires, mais
M. Ribot a reconnu, au procËs Malvy, que, si on
avait trop escomptÈ la victoire, on avait aussi
trop exagÈrÈ les pertes et les fautes du com-
mandement. D'ailleurs, nous l'avons dit,
le moral des troupes en ligne n'avait guËre
ÈtÈ atteint, l'arriËre seul se trouvait, en quel-
ques points, sous le coup des rÈcits des
blessÈs, exagÈrÈs et amplifiÈs. Sans doute,
aussi, certains cantonnements Ètaient mal orga-
nisÈs ; l'ivresse s'Ètait accrue dans l'armÈe,
o~ le vin et les indemnitÈs Ètaient largement
distribuÈs ; le contact des rÈgiments russes
dÈlibÈrant dans leurs soviets avait ÈtÈ d'un
mauvais exemple. Mais il faut dire nettement,
avec le gÈnÈral Mangin, que  l'arrÍt de
l'offensive et le changement de commande-
ment Ètaient fatalement interprÈtÈs comme un
aveu de l'Èchec ª. Et surtout, comme le fait
remarquer le gÈnÈral PÈtain, le mal avait ses
racines profondes ý l'intÈrieur.
  Nous avons dit l'activitÈ dÈployÈe par les
agents de l'ennemi en France; elle s'exerÁait
dans la presse socialiste et dÈfaitiste qui
exaltait la RÈvolution russe; elle s'exerÁait
dans les milieux ouvriers et les centres indus-
triels par la propagande et par les grËves.
Celles-ci se multipliaient: ý Roanne, en avril,
6 ooo grÈvistes criant: A bas la guerre!ª; ý
Paris, 4 000 ý 5 ooo personnes manifestaient en
corps le Ier mai; dans l'agglomÈration pari-
sienne, en tout 8o ooo grÈvistes. Le 4 juin,
une bagarre Èclate sur le boulevard Berthier;
le mÍme soir, en ComitÈ secret, un dÈputÈ
annonce que le 3e corps marche sur Paris, et,
sur le front, une rumeur circule que Paris est
ý feu et ý sang. Preuve que tout Ètait bien
concertÈ entre les meneurs.
  Partout, pour Ètendre la propagande de
l'intÈrieur vers le front, les soldats permis-
sionnaires se trouvaient attirÈs dans les cor-
tËges et les rÈunions pacifistes, notamment
dans le bassin de la Loire et ý Paris. Aux
gares de l'Est et du Nord, les soldats, qui se
trouvaient souvent sans abris, Ètaient la proie
de gens louches payÈs par l'organisation
dÈfaitiste. Les trains de permissionnaires Ètaient
infestÈs de papillons et de tracts:  La paix sans
conquÍtes, sans annexions, sans indemnitÈ ª,
ou  Stockholm ª, ou bien  A bas la guerre ª.
On signalait certains excËs dans les gares.
Enfin, des agents provocateurs parvenaient
ý se glisser jusque dans -les cantonnements et
ý contaminer les dÈpÙts divisionnaires. Tracts
et meneurs Ètaient lý dans la place. Tel
fut le cheminement du dÈfaitisme ý travers
le pays jusqu'au front.
  Devant la gravitÈ des faits signalÈs, il n'y
avait pas une minute ý perdre. Le gÈnÈral
PÈtain Ètait l'homme de ces circonstances:
son coup d'oeil, son sang-froid, son sens psy-
chologique, son humanitÈ, tout le dÈsignait
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