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The History Collection

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Hanotaux, Gabriel, 1853-1944 / Histoire illustrée de la guerre de 1914
Tome, 1 (1915)

Chapitre VI/ La France en face de l'Allemagne,   pp. 130-[152] PDF (11.2 MB)


Page 146


HISTOIRE ILLUSTRSE DE LA GUERRE DE 1914
rÙle d'Èminence grise. Le capitaine Sainte-Claire
Deville eut enfin ý assurer la fabrication intensive dans
les Ètablissements de l'artillerie.
                                A. DEPORT,
               Chef du service de l'artillerie de la C'i des
                 Forges de Chýtillon et de Commentry.
  Le gÈnie des inventeurs du canon de 75 fut
vÈritablement prÈcurseur.
  Le canon de 75 ainsi conÁu rÈalisait d'em-
blÈe l'idÈal de la piËce de campagne: lÈgËretÈ
suffisante (quoiqu'il y est quelque amÈlio-
ration possible sur ce point), rapiditÈ du tir
(vingt ou vingt-cinq coups ý la minute) et,
surtout, rÈglage parfait sans le moindre dÈ-
pointage pendant le tir. Gr'ce au frein hydro-
pneumatique, - c'est-ý-dire ý l'air comprimÈ,
- qui, comme on l'a dit,  forme la beautÈ
secrËte de notre canon ª, le recul est annihilÈ.
   Le projectile tirÈ, la force gÈnÈratrice
du
recul cesse d'agir, mais la piËce continue ý
reculer, en vertu de la vitesse acquise, jusqu'ý
l'extrÈmitÈ de la glissiËre; ý
ce moment,
l'air comprimÈ rÈagit pour ramener le canon en
avant, et, comme cet air possËde une surpres-
sion initiale suffisante pour lui permettre de
triompher des frottements, la remise en place
est assurÈe ; deux secondes aprËs la mise de
feu, le canon est retournÈ ý son poste, tout
prÍt pour un nouveau tir. ª (L. Houllevigue).
  Cet admirable triomphe sur la matiËre fut
complÈtÈ par une sÈrie de dÈtails
qui assu-
rËrent la supÈrioritÈ absolue du canon de
75:
simplification des culasses, cartouches com-
plËtes unissant la gargousse et le projectile,
hausse indÈpendante permettant un rÈglage
rapide et ssr, bouclier protÈgeant les servants;
adaptation du caisson au service rapide du canon.
  Le canon de 75 devait Ítre le roi de la guerre
de I9I4. L'Allemagne avait ds mettre ý l'Ècart,
avec une perte sËche de plusieurs centaines de
millions, son canon modËle i896, commencÈ
un an avant la rÈfection de notre artillerie;
et mÍme le canon de campagne allemand de
77 m/m, Ètabli en i906, avec la collaboration
des maisons Krupp et Ehrhardt, quoiqu'il
prÈsent't, ý l'imitation du nÙtre, les avantages
du tir rapide, du long recul sur l'affst, ne rÈ-
pondit pas ý la vantardise du colonel Goedke:
Enfin ! nous avons rÈparÈ l'erreur de i896 !
L'ARTILLERIE       Mais, sur un autre point,
LOURDE           les Allemands prirent de
l'avance avant la guerre: il s'agit de l'artil-
lerie lourde. Nous avons dÈjý signalÈ les
raisons
qui avaient portÈ l'Stat-major allemand ý
dÈvelopper ses formations d'artillerie lourde:
tir plongeant, portÈe plus grande, meilleur
dÈfilement. Un projet de crÈdits pour la
construction d'une artillerie lourde, complÈ-
tant nos Rimailho, fut dÈposÈ devant le Par-
lement franÁais.
  M. ClÈmentel, rapporteur du budget de la
guerre de I9I2, se prononÁa en faveur des
dÈpenses nÈcessaires ý cette construction.
  Une discussion trËs vive s'engagea dans la
presse technique ý ce sujet.
  Le gÈnÈral Percin, qui s'Ètait dÈjý
montrÈ
opposÈ au service de trois ans, combattit la
crÈation d'une artillerie lourde ; le gÈnÈral
Langlois, patron du canon de 75, se prononÁa
dans, le mÍme sens; les esprits Ètaient incertains.
   En toutes choses, il faut prÈvoir le pire,
disait, avec raison, un des dÈfenseurs de la
crÈation ou plutÙt du dÈveloppement de notre
artillerie lourde, et, si peu que doive faire
l'artillerie lourde allemande, il nous paraÓt
inadmissible qu'on ne cherche pas ý l'empÍcher
et qu'on laisse en dÈfinitive les artilleurs ý pied
allemands tirer sur les nÙtres et sur notre
infanterie comme ý la cible (et c'est ce qui de-
vait arriver, en effet). Toute la question est lý.
On peut discuter ý perte de vue sur l'utilitÈ
des matÈriels de gros et de moyen calibres
dans la guerre de campagne, dire que les
Allemands se sont fourvoyÈs, enferrÈs, dans
la  mÈgalomanie  et le  colossal ª, les
voir
d'avance empÍtrÈs et s'en rÈjouir, peut-Ítre
ý
tort. Mais, en fait, leur artillerie lourde existe
et ils s'en serviront. Voilý ce qu'il ne faut pas
perdre de vue, et cela seul suffit ý justifier les
apprÈhensions des nombreux artilleurs et aussi
des nombreux officiers des autres armes ý cet
Ègard.  (Capitaine Gluck).
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