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The History Collection

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Hanotaux, Gabriel, 1853-1944 / Histoire illustrée de la guerre de 1914
Tome 1 (1915)

Chapitre IV: L'Allemagne politique,   pp. 63-[111] PDF (6.6 MB)


Page 110


IPST'IRF ILLUSTRSE DE LA GUERRE DE 1914
et dans lequel Guillaume Il s'entÍtait au delý
mÍme de la raison, - la fidÈlitÈ inÈbranlable
ý
l'alliance autrichienne. Avec ces hommes de
second plan, l'audace des d' renthal et de
l'archiduc Francois-Ferdinand devaient mener
le jeu.
  Pourtant, Bethmann-Hollweg trouva son
heure dans cette course aveugle au destin.
C'est le jour o~, pour justifier le projet de loi
militaire de i9i3, qui fut l'une des origines de
la guerre actuelle, il prononÁa le discours le
plus violemment anti-slave qui soit sorti de la
bouche d'un homme d'Stat allemand. On peut
dire que, ce jour-lý, il a dÈclarÈ la guerre
ý
la
Russie, selon le mot de Bismarck,  il a prÈ-
venu les desseins de la divine Providence n.
  Voici le passage fameux, la premiËre des
(( gaffes ª monumentales du chancelier dont le
sort Ètait de mener le monde aux plus affreux
dÈsastres, sans le faire exprËs et peut-Ítre
en se
croyant innocent, -comme il l'est en effet:
 Un rÈsultat d'une telle guerre, dit ce pro-
phËte inconsidÈrÈ, ne saurait Ítre
douteux;
si, jamais, il se produisait une conflagration
europÈenne qui mette face ý face les Slaves et
les Germains, il serait pour nous dÈsavantageux
que la place occupÈe autrefois par la Turquie
d'Europe dans l'Èquilibre des forces, fst prise
maintenant par des Stats slaves... Je ne dis
point ceci parce que je considËre comme abso-
lument nÈcessaire qu'un choc se produise entre
les Slaves et les Germains (Rires parmi les
socialistes)... Le gouvernement russe, notre
grand voisin slave, entretient avec nous des
rapports amicaux; cependant, les courants
panslavistes, dont Bismarck se plaignait dÈjý,
ont ÈtÈ puissamment renforcÈs par les victoires
des Slaves dans les Balkans, et ceci peut faire
naÓtre un antagonisme russo-allemand, puisque
cela a dÈjý fait naÓtre des polÈmiques
de presse
austro-russes et que la fidÈlitÈ de notre alliance
s' Ètend aut delý des ressources de la diplo-
matie. ))
  Servilisme ý l'Ègard de la politique austro-
hongroise, menace directe ý la Russie, mÈpris
et crainte de l'ÈlÈment slave dans les Balkans,
tout y est; pour obtenir les moyens de prÈparer
la guerre, le chancelier dÈcrivait, d'avance,
devant le monde, les raisons  allemandes n de
la guerre que l'Allemagne devait dÈclarer.
  Entre le vaniteux sans fermetÈ qu'est
1' Empereur et le serviteur, sans malice,
qu'est son chancelier, le parti militaire avait
beau jeu. Les affaires de l'Empire n'Ètaient pas
menÈes.
  Personne ne se demandait sÈrieusement
si l'Allemagne n'avait pas un intÈrÍt suprÍme
ý Èviter la guerre ý tout prix: l'accrois-
sement de sa population, de son commerce,
de sa prospÈritÈ lui assuraient l'avenir ; elle
n'avait qu'ý attendre... Personne ne voulait s'en
apercevoir ou n'osait le dire; on n'Ècoutait
que les gens pressÈs, courtisans dÈcavÈs,
gÈnÈ-
raux fatiguÈs, diplomates rancis, monde pourri,
 camarilla n sans responsabilitÈ, jeunes ambi-
tions ardentes ý se presser dans les avenues du
futur rËgne.
  Tout ce monde, en l'absence d'une tÍte
ferme, se groupait autour du prince impÈrial.
Les Dauphins, trop impatients de rÈgner,
sont de mauvais meneurs de peuple: celui-ci
Ètait le pire de tous.
LE               Homme de sport et de noce,
KRONPRINZ      hautain, violent, tÍte Ètroite,
le verbe haut, bridÈ trËs rudement par son
pËre, il avait eu une jeunesse d'autant plus
pÈnible qu'il enviait la faveur dont jouissait
son frËre Eitel-FrÈdÈric, qui naufragea, un
jour, dans des histoires suspectes.
  A  l'aÓnÈ, on  refusait mÍme de l'argent;
sans cesse aux arrÍts, il Ètait accompagnÈ,
toute la journÈe, par un officier d'ordonnance
qu'il considÈrait comme un espion et qui, de
demi-heure en demi-heure, tirait sa montre
et lui rappelait ses devoirs, d'un ton sec et
respectueux. Un moment, il songea ý renoncer
au trÙne, ý quitter l'armÈe, ý
faire un Èclat.
Mais, il reprit barre par ses dÈfauts mÍmes.
Grand trousseur de cotillons, il se sentait un
homme, parmi les effÈminÈs dont l'haleine
empoisonnait l'atmosphËre de la cour.
I Iu


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