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The History Collection

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Hanotaux, Gabriel, 1853-1944 / Histoire illustrée de la guerre de 1914
Tome 1 (1915)

Chapitre IV: L'Allemagne politique,   pp. 63-[111] PDF (6.6 MB)


Page 108


J(IST(IRE IL L STRSF Dl. LA (;[IERfl' DL 1914
l'y pousser quand l'une et l'autre crise Ècla-
tËrent. Il y eut alors, dans cette carriËre
d'homme politique trop complaisant ou trop
aveugle, deux actes qui passeraient pour des
actes de courage s'ils n'avaient pas ÈtÈ sans
prÈparation et sans lendemain. Et, dans l'une
et l'autre circonstance, c'est l'Empereur qui
Ètait visÈ: le serviteur, le courtisan, l'ami
((l'chait ' le maÓtre.
  Maximilien Harden avait dÈnoncÈ, dans la
Zukun/t, les faits qui contaminaient l'Alle-
magne comme  une nouvelle Sodome n. Le
prince impÈrial avait ds porter ý la connais-
sance de l'Empereur les articles visant person-
nellement celui-ci. Voici dans quels termes le
Chancelier dÈfend l'Empereur, tout en se dÈga-
geant lui-mÍme, devant le Reichstag et devant
l'opinion:  Messieurs, il s'agit d'assertions
gÈnÈrales non prouvÈes qui ne doivent pas
Ítre rÈpÈtÈes dans cette chambre
et que je
repousse avec Ènergie et rÈsolution. Certes,
dans la mesure o~ le procËs Moltke-Harden a
Ètabli certains manquements individuels ý la
moralitÈ, j'ai ressenti de cette dÈmonstration
un sentiment de honte, et je ne doute pas que
l'administration ne fasse tout son possible pour
dÈtruire, par le fer et le feu, de telles abomina-
tions. De mÍme que personne n'effleure d'un
doute la haute moralitÈ et la belle vie de famille
dont notre couple impÈrial donne l'exemple,
de mÍme, personne ne prendra l'Allemagne
pour une nouvelle Sodome... Si l'on me demande
pourquoi le chancelier ne s'est pas chargÈ de
l'initiative, je rÈpondrai que je n'ai connu de
laits prÈcis qu'au printemps de cette annÈe,
et,si je n'ai pas soumisles articles de laZukun/t
ý l'Empereur, c'est que, Messieurs, une dÈ-
marche semblable appartenait ý celui qui Ètait
le plus prËs du trÙne. (Cela revient ý dire
que
le linge sale se lave en famille).
   Le Kronprinz a rempli, ý l'Ègard de son
pËre, un acte de piÈtÈ filiale. Il agissait
dans
l'intÈrÍt du pays; son intervention n'avait pas
un caractËre officiel. Un ministre responsable
ne peut soulever des accusations aussi graves
que lorsqu'il est en mesure de produire des
preuves... Lorsque Sa MajestÈ m'a parlÈ, pour
la premiËre fois, des attaques de la Zukun/t
(donc, cet intime n'eut jamais pris de lui-mÍme
l'initiative de porter le fer sur la plaie), je lui
ai simplement dit qu'il fallait uniquement
songer ý garder de toute souillure son blason,
celui du pays et celui de l'armÈe ª.
  Ce sont des conseils qu'un prince, un homme
ne doit pas aimer ý entendre.
  Le chancelier n'Ètait pas moins Ènergique,
on pourrait presque dire moins cruel, dans
l'affaire retentissante de l'interview du Daily
Telegraph. L'incident est connu: Rappelons
seulement les paroles du ministre de Guil-
laume Il:  La constatation que la publication
de ses conversations n'a pas produit en Angle-
terre l'effet que Sa MajestÈ l'Empereur en
attendait, mais a fait, dans ce pays, une sen-
sation profonde et une douloureuse impres-
sion, -j'en ai dans ces jours difficiles acquis
la douloureuse conviction - conduira Sa
MajestÈ l'Empereur ý observer dÈsormais,
dans
ses entretiens privÈs, cette rÈserve qui est aussi
indispensable pour une politique suivie que
pour l'autoritÈ de la couronne. S'il en Ètait
autrement, ni moi, ni aucun de mes successeurs
ne pourrait porter le poids de la respon-
sabilitÈ gouvernementale n.
  Et l'Empereur Ètait obligÈ d'accepter cette
autre leÁon. Que conclure de ce double inci-
dent, qui en rÈvÈlait mille autres cachÈs
avec
peine, sinon que le ministre, rendu plus indÈ-
pendant par un riche hÈritage, Ètait las, lui
aussi, de surveiller les imprudences du mo-
narque et qu'il laissait ý d'autres le soin de
pallier les fautes impÈriales ou d'en partager
la lourde responsabilitÈ devant l'histoire.
M. DE BETHMANN-          Le successeur que le
HOLWEG                 rusÈ diplomate avait
dÈsignÈ, ý l'heure o~ lui-mÍme
se sentait ý
bout
de souffle, Ètait un homme de ressources bornÈes
et mÍme d'ambitions restreintes, mais un ser-
viteur inclinÈ devant l'autoritÈ suprÍme,
fidËle
exÈcuteur de la consigne, en un mot, un fonc-
tionnaire, M. de Bethman.-ii-Holweg.


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