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The History Collection

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Hanotaux, Gabriel, 1853-1944 / Histoire illustrée de la guerre de 1914
Tome 1 (1915)

Chapitre IV: L'Allemagne politique,   pp. 63-[111] PDF (6.6 MB)


Page 90


HISTOIRE ILLUSTRSE DE LA GUERRE DE I9I4
car elle ne dÈpend pas d'un vote du Reichstag,
et, en prÈsence de cette ÈventualitÈ, le
gros
de leurs troupes ferait chorus dans la colËre
et dans l'enthousiasme avec le reste du pays.
   Il faut noter enfin que ces partisans de la
paix dans la masse croient ý la guerre, parce
qu'ils ne voient pas de solution ý la situation
actuelle. Dans certains contrats, notamment
dans les contrats d'Èditeurs, on a introduit la
clause de rÈsiliation en cas de guerre. Ils espË-
rent, cependant, que la volontÈ de l'Empereur,
d'une part, et les difficultÈs de la France au
Maroc, d'autre part, sont pour quelque temps
des garanties de paix. Quoi qu'il en soit, leur
pessimisme laisse libre jeu aux partisans de la
guerre.
   Les partisans de la guerre se divisent en
plusieurs catÈgories; chacun tire de sa caste,
de sa classe, de sa formation intellectuelle et
morale, de ses intÈrÍts, de ses rancunes, des
raisons particuliËres qui crÈent un Ètat d'esprit
gÈnÈral et accroissent la force et la rapiditÈ
du
courant belliqueux.
    Les uns veulent la guerre parce qu'elle
est inÈvitable, Ètant donnÈ les circonstances
actuelles. Et pour l'Allemagne, il vaut mieux
plus tÙt que plus tard.
    D'autres la considËrent comme nÈcessaire
pour des raisons Èconomiques, tirÈes de la
surpopulation, de la surproduction, du besoin
de marchÈs et de dÈbouchÈs; ou pour des
raisons sociales : la diversion ý l'extÈrieur
peut seule empÍcher ou retarder la montÈe
vers le pouvoir des masses dÈmocratiques
et socialistes.
    D'autres,  insuffisamment  rassures  sur
 l'avenir de l'Empire, et croyant que le temps
 travaille pour la France, pensent qu'il faut
 prÈcipiter l'ÈvÈnement. Il n'est pas rare
de
 rencontrer, ý la traverse des conversations
 ou des brochures patriotiques, le sentiment
 obscur, mais profond, qu'une Allemagne libre
 et une France ressuscitÈe sont deux faits
 historiques incompatibles.
    D'autres sont belliqueux par  bismar-
ckisme ., si l'on peut dire ainsi. Ils se sentent
humiliÈs d'avoir ý discuter avec des FranÁais,
ý parler droit, raison, dans des nÈgociations
ou des confÈrences o~ ils n'ont pas faci-
lement raison, alors qu'ils ont la force plus
dÈcisive. Ils tirent, d'un passÈ rÈcent,
un
orgueil sans cesse alimentÈ par des sou-
venirs vÈcus, par la tradition orale et par
les livres, et blessÈ par les ÈvÈnements
de ces
derniËres annÈes. Le dÈpit irritÈ
caractÈrise
l'esprit d'association des  Wehrvereine ª' et
autres groupements de la Jeune Allemagne.
   D'autres veulent la guerre par haine mys-
tique de la France rÈvolutionnaire.
   D'autres enfin, par rancune. Ce sont ces
derniers qui amassent les prÈtextes. Dans la
rÈalitÈ, ces sentiments se concrÈtisent
ainsi:
les hobereaux, reprÈsentÈs au Reichstag par
le parti conservateur, veulent Èluder, ý tout
prix, l'impÙt sur les successions, inÈvitable si
la paix se prolonge. Le Reichstag, dans la
derniËre sÈance de la session qui vient de se
clore, en a votÈ le principe: c'est une atteinte
grave aux intÈrÍts et aux privilËges de la
noblesse terrienne.
    D'autre part, cette noblesse est une aris-
tocratie militaire, et il est instructif de com-
parer l'annuaire de l'armÈe avec l'annuaire
de la noblesse. La guerre seule peut faire
durer son prestige et servir ses intÈrÍts fami-
liaux. Dans la discussion de la loi militaire,
un orateur du parti a fait valoir, en faveur
du vote, la nÈcessitÈ de l'avancement des
officiers.
   Enfin, cette classe sociale qui forme une
 hiÈrarchie dont le roi de Prusse est le cou-
 ronnement suprÍme, constate avec terreur
 la dÈmocratisation de l'Allemagne et la force
 grandissante du parti socialiste et considËre
 que ses jours sont comptÈs. Non seulement
 ses intÈrÍts matÈriels sont menacÈs
par un
 formidable mouvement hostile au protection-
 nisme agraire, mais encore sa reprÈsentation
 politique diminue ý chaque lÈgislature. Dans
 le Reichstag de I870, il y avait i62 mem-
 bres (sur 397) appartenant ý la noblesse;


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