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The History Collection

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Hanotaux, Gabriel, 1853-1944 / Histoire illustrée de la guerre de 1914
Tome 1 (1915)

Chapitre IV: L'Allemagne politique,   pp. 63-[111] PDF (6.6 MB)


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H1S1ul I)l  1 1 1. USTRSE 1)1l I A G LI ERE 1) E 191A
de cette rÈgression. La barbarie peut Ítre
savante: c'est toujours la barbarie.
  Cette guerre de I9I4 a ÈtÈ voulue et dÈclarÈe
par l'Allemagne: il Ètait logique et fatal que
l'Allemagne, conformÈment ý l'erreur essen-
tielle de sa cutlture, la dÈclar't. Mais, il Ètait
nÈcessaire aussi et fatal non moins, que l'huma-
nitÈ, puisqu'elle subissait cette guerre, convo-
qu't ý la soutenir, toutes les nationalitÈs libres
et qu'elle se dÈcid't ý ne mettre bas les
armes que quand elle aurait anÈanti la puis-
sance de l'Allemagne.
  L'Allemagne, selon son principe organique,
est antinomique ý la paix du monde. Il n'y
aurait de c< paix allemande n que si  toutes
les contrÈes du globe .) Ètaient rÈduites
en
esclavage.
  L'Allemagne, par une aberration unique
dans le monde depuis l'apparition du Christ
et, peut-Ítre, depuis l'origine des temps, se
vante de ne croire qu'ý la force et au succËs:
il faut donc que l'humanitÈ lui inculque, par
la force, le respect du droit et lËve sur elle le
glaive de la justice, pour bien Ètablir que c'est
la justice, finalement, qui obtient le succËs.
PACIFISTES ET         Un   document    confi-
MILITARISTES       dentiel, Ècrit en juillet
EN ALLEMAGNE       I913, juste un an avant
la guerre, met en prÈsence les forces qui, en
Allemagne, luttaient encore, dans l''me de la
nation, soit pour la paix, soit pour la guerre.
Il explique aussi les raisons pour lesquelles les
partisans de la guerre l'ont emportÈ. Ce docu-
ment complËte si fortement et avec un sens
si ferme des rÈalitÈs, le trop court exposÈ
qui vient d'Ítre tentÈ ici, qu'il nous paraÓt
indispensable d'en donner, du moins, la con-
clusion:
   L'opinion publique allemande est divisÈe
sur la question de l'ÈventualitÈ d'une guerre
possible et prochaine, en deux courants.
   Il y a dans le pays des forces de paix, mais
inorganiques et sans chefs populaires.
   Elles considËrent que la guerre serait un
malheur social pour l'Allemagne, que l'orgueil
de caste, la domination prussienne et les fabri-
cants de canons et de plaques de cuirassÈs en
tireraient le meilleur bÈnÈfice, que la guerre
profiterait surtout ý l'Angleterre.
   Elles se dÈcomposent ainsi qu'il suit
   La masse profonde des ouvriers, des arti-
sans et des paysans, qui sont pacifiques d'ins-
tinct.
   La noblesse dÈgagÈe des intÈrÍts
de carriËre
militaire et engagÈe dans les affaires indus-
trielles - tels les grands seigneurs de SilÈsie
et quelques autres personnalitÈs influentes
ý la cour - et assez ÈclairÈe pour se rendre
compte des consÈquences politiques et sociales
dÈsastreuses d une guerre, mÍme victorieuse.
   Un grand nombre d'industriels, de com-
mnerÁants et de financiers de moyenne im-
portance, dont la guerre mÍme victorieuse,
amËnerait la banqueroute, parce que leurs
entreprises vivent de crÈdit et sont surtout
commanditÈes par des capitaux Ètrangers.
   Les Polonais, les Alsaciens-Lorrains, les
habitants du Schleswig-Holstein conquis, mais
non assimilÈs, et en hostilitÈ sourde contre la
politique prussienne, soit environ sept mil-
lions d'Allemands annexÈs.
   Enfin, les gouvernements et les classes diri-
geantes des grands Stats du Sud, la Saxe, la
BaviËre, le Wurtemberg et le Grand-DuchÈ de
Bade, sont partagÈs entre ce double sentiment:
une guerre malheureuse compromettrait la
ConfÈdÈration, dont ils ont tirÈ de grands
avantages Èconomiques, une guerre victo-
rieuse ne profiterait qu'ý la Prusse et ý la
prussianisation, contre laquelle ils dÈfendent
avec peine leur indÈpendance politique et leur
autonomie administrative.
   Ces ÈlÈments prÈfËrent, par
raison ou par
instinct, la paix ý la guerre; mais ce ne sont
que des forces politiques de contrepoids, dont
le crÈdit sur l'opinion est limitÈ, ou des forces
sociales de silence, passives et sans dÈfense
contre la contagion d'une poussÈe belliqueuse.
   Un exemple Èclairera cette idÈe: les iio dÈ-
putÈs socialistes sont des partisans de la paix.
Pourtant, ils ne sauraient empÍcher la guerre,


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