University of Wisconsin Digital Collections
Link to University of Wisconsin Digital Collections
Link to University of Wisconsin Digital Collections
The History Collection

Page View

Hanotaux, Gabriel, 1853-1944 / Histoire illustrée de la guerre de 1914
Tome 1 (1915)

Chapitre III: L'Allemagne économique et le pangermanisme,   pp. 42-[62] PDF (10.5 MB)


Page [62]


HISTOIRE ILLUSTRSE DE LA GUERRE DI' 1914
LA WELPOLITIK                   MalgrÈ cette
ET  LE   PANGERMANISME admirablemÈ-
CONDUISENT A LA GUERRE canisation de
la puissance Èconomique d'un pays ardent
au gain, les rÈsultats acquis n'Ètaient pas en
proportion des sacrifices.
   Les dÈbouchÈs, au lieu de s'ouvrir, ten-
daient ý se fermer; aprËs la politique colo-
niale, la politique d'expansion Èconomique
Ètait entravÈe par les mesures de prÈcau-
tion que les puissances concurrentes averties
commenÁaient ý prendre de toutes parts.
   L'Allemagne voyait, avec une inquiÈtude
grandissante, se prolonger une crise Ècono-
mique et financiËre qui pouvait la conduire ý
des catastrophes immÈdiates. Un mois et demi
avant la dÈclaration de la guerre, un financier
ami de l'empereur, son conseiller le plus ssr,
son confident le plus intime, M. Ballin, formu-
lait en termes prÈcis, dans le journal le plus
officieux de Berlin, la doctrine de l'impÈria-
lisme industriel, acculÈ ý la ruine ou ý
la guerre:
    Nous marchons, Ècrivait-il en subs-
tance, vers une crise redoutable; nos colonies
sont insuffisantes pour assurer des dÈbouchÈs.
Nous avons un besoin pressant de marchÈs
nouveaux. Or, loin de s'Èlargir devant nous,
le monde commercial se retrÈcit et se ferme.
Cela est la consÈquence de la politique finan-
ciËre poursuivie par l'Angleterre et par la
France. Disposant de capitaux plus considÈ-
rables que les nÙtres, les deux nations ne les
prÍtent plus qu'ý bon escient et en stipulant
des contrats avantageux pour leur industrie.
Il en rÈsulte que la nÙtre est mise ý l'index
Cette situation ne peut pas se prolonger sans
de grands dangers pour l'Allemagne. ª
   Cet avertissement solennel ne faisait que
confirmer les sentiments rÈpandus ý la fois
dans le public agrarien et dans le public indus-
triel: l'Allemagne souffre et il ne dÈpend que
de sa volontÈ de mettre un terme ý ses souf-
frances.
   Un diplomate Ècrivait le io juillet I9I3:
Cet Ètat d'esprit est d'autant plus inquiÈtant
que le gouvernement impÈrial se trouverait
actuellement soutenu par l'opinion publique
dans toute entreprise ou il s'engagerait vigou-
reusement, mÍme au risque d'un conflit. L'Ètat
de guerre, auquel tous les ÈvÈnements de
l'Orient habituent les esprits depuis deux ans,
apparaÓt, non plus comme une ÈchÈance loin
taine, mais comme une solution aux difficultÈs
politiques et Èconomiques qui n'iront qu'en
s'aggravant. ª (Livre Jaune.)
   D'ailleurs, le gouvernement lui-mÍme ne
montrait-il pas du doigt la seule issue pos-
sible? Depuis dix ans, les dÈpenses militaires
s'accroissaient avec une frÈnÈsie voulue. En
pleine crise Èconomique, alors que toute l'Al-
lemagne se plaignait, on demandait d'un seul
coup, aux classes riches, une contribution mili-
taire montant ý un milliard et demi de
marks. Chacun comprit et frÈmit, personne
ne murmura. La guerre est proche, se disait-on,
et, en maniËre d'excuses, on ajoutait : ( Cela,
ne peut pas durer. La guerre, puisqu'il le
faut; mais qu'on en finisse !... ª


Go up to Top of Page