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The History Collection

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Hanotaux, Gabriel, 1853-1944 / Histoire illustrée de la guerre de 1914
Tome 1 (1915)

Chapitre III: L'Allemagne économique et le pangermanisme,   pp. 42-[62] PDF (10.5 MB)


Page 60


IIISToIRRlÔ ILLUSTRES DE' LA      DEERRE 1)1' 1914
L'AVANT-      C'est cette agression occulte,
GUERRE      prÈcÈdant l'autre, qu'on a appelÈe
d'un mot aussi vivant que juste, l'avan!-guerre.
   1ttudiÈ particuliËrement en France, le mal
s'est Ètendu sur le monde entier: la Suisse,
l'Italie, l'Angleterre, les deux AmÈriques en
ont souffert, la Belgique en meurt.
   Ses procÈdÈs sont doubles : accaparement
de l'industrie et du commerce au profit des
firmes allemandes, introduction du personnel
allemand avec le mot d'ordre de prÈparer la
guerre par de certaines dispositions matÈrielles
et de jalonner l'espionnage. Ainsi, l'Europe
se trouvera en prÈsence de prÈparatifs agencÈs
jusque dans leurs moindres dÈtails, contre
lesquels elle sera impuissante. ª
   Les principales industries visÈes furent, on
le sait, le commerce des farines, le charbon et
l'outillage de guerre, les aÈroplanes, la tÈlÈgra-
phie sans fil, les cotons poudres, les messageries
automobiles, la mÈtallurgie avec les infinies
industries qui en dÈpendent (l'invasion de cette
industrie en France et jusque dans la vieille
Normandie fut le triomphe du fameux orga-
nisateur Thyssen, le rival de Krupp), l'industrie
des produits chimiques sous toutes ses formes;
dans l'Est, l'occupation des fermes et des
propriÈtÈs attenant ý des points stratÈgiques
repÈrÈs d'avance; partout, sur le territoire de
la France,.et notamment dans le Midi, la main-
mise sur les grands hÙtels et les lieux publics,
qui deviennent des centres d'espionnage tout
indiquÈs.
   Par ces foules qui vont et viennent, se
pressent et se succËdent dans les halls sans
surveillance, parlent haut, o~ les moindres
dÈtails, parfois mÍme les plus confidentiels,
se colportent de bouche en bouche, o~ les
filles de joie, les garÁons, les entremetteurs
abondent, regardent, Ècoutent, tout se sait,
s'enregistre, s'inscrit sur le (( carnet de notes ª
du maÓtre d'hÙtel ou du gÈrant qui est officier
allemand et reste, avant tout, le fidËle exÈ-
cuteur de la consigne gÈnÈrale d'espionnage
lu'il a reÁue au dÈpart.
   Les Ètablissements suspects sont Ètablis au
voisinage des ponts, aux croisements des rou-
tes, ý proximitÈ des grandes villes, -ý
peine
sÈparÈs par un *mur ou par une ruelle des
usines o~ se prÈpare le matÈriel de dÈfense
nationale. Des maisons allemandes fourniront
des locomotives aux compagnies de chemins
de fer franÁais ou russes, des farines ý l'inten-
dance, de l'oxygËne aux dirigeables, du coton
aux manufactures de poudres, des moteurs
aux automobiles militaires; elles auront pour
succursales des entreprises de construction
mÈcanique ou mÍme de tÈlÈgraphie
sans fil.
Par la haute finance, elles atteignent les
milieux parlementaires et gouvernementaux.
   Paris et les grandes villes s'encombrent
peu ý peu d'un commerce suspect de mar-
chands d'antiquitÈs, de couturiers, de bazars
ý bon marchÈ; les magasins et les comptoirs
se remplissent d'employÈs au poil roux qui,
derriËre leurs lunettes, surveillent et guettent.
Le moins qu'on puisse en dire, c'est qu'ils
Ètudient les gosts du public, copient les listes
de clients, surprennent les secrets de la fa-
brication ou du commerce, s'adaptent assez
au pays occupÈ pour s'y faire accepter, soit
qu'ils s'y installent avec  l'invasion pacifi-
que ª, soit qu'ils se prÈparent ý y revenir
avec
l'invasion militaire. Dans une petite ville de
l'Aisne, un Allemand s'est glissÈ dans le con-
seil municipal; il a failli Ítre maire. Il dispa-
raÓt le jour de la mobilisation. On Óle voit
revenir, quelques semaines aprËs, ý la tÍte
d'un escadron:  Vous ne m'avez pas voulu
comme maire, dit-il, vous m'aurez comme
bourgmestre ª.
   La Guerre d'invasion est minutieusement
prÈparÈe : les plateformes en ciment o~ sera
installÈe l'artillerie lourde sont, dit-on, cons-
truites ý grafids frais autour de certaines
forteresses belges; des munitions sont entas-
sÈes dans les caves des usines; des tÈlÈphones
et des antennes de tÈlÈgraphie sans fils cou-
rent sous terre ou se dressent dans les nues.
   L'expansion industrielle allemande est, dans
toute la force du terme, une premiËre conquÍte
sournoise prÈparant l'autre.


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