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The History Collection

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Hanotaux, Gabriel, 1853-1944 / Histoire illustrée de la guerre de 1914
Tome 1 (1915)

Chapitre II: La politique de l'Angleterre: la triple entente,   pp. 27-[41] PDF (1.7 MB)


Page 38


HISTOIRE ILLUSTRSE DE LA GUERRE DE I914
d'une faÁon amicale des questions qui les
concernent toutes deux... C'est une tendance
qui, si elle continue, entraÓnera naturellement
le rËglement progressif des questions dans les-
quelles chacun des deux pays est intÈressÈ et
le resserrement des relations amicales qui
existent entre eux. ª
   L'Èchange de visites navales accentua, de
part et d'autre, ces bonnes dispositions. La
diplomatie franÁaise, dirigÈe ý Londres
par
M. Paul Cambon, servait naturellement d'inter-
mÈdiaire. Des arrangements mÈthodiquement
abordÈs rÈglËrent, dans un esprit amical,
les
questions relatives aux frontiËres des Indes, ý
l'Afghanistan, ý la Perse, au Thibet, au golfe
Persique.
   Du cÙtÈ russe, cette politique Ètait
habi-
lement conduite par M. Isvolski, ministre du
tsar Nicolas IL. En fÈvrier i908, sir Edw. Grey
mettait la Chambre des communes en demeure
de le suivre :  Je dÈclare que je suis en faveur
d'une entente raisonnable et loyale entre les
deux pays pour les questions d'un intÈrÍt
commun... J'adopte ce point de vue et, si la
Chambre le rejette ou rend impossible sa mise
en pratique, je tomberai en mÍme temps. ª
Sir Edw. Grey Ècartait ainsi, d'un mot ferme
et sec, tout le passÈ anti-slave, antimoscovite
sur lequel l'Angleterre vivait depuis prËs d'un
siËcle.
   Le io juin i908, l'entrevue de Reval entre
le roi Edouard VII et l'empereur Nico'as Il
eut une portÈe analogue ý celle de la visite du
roi Sdouard VII ý Paris. Le rapprochement Ètait
dÈfinitif: la Triple Entente existait dÈsormais.
LA TRIPLE        A partir de cette Èpoque,
E N T E N T E les trois politiques, franÁaise,
anglaise, russe, Ètaient Ètroitement unies.
l'efficacitÈ de leur action pesait dÈsormais
d'un grand poids dans le rËglement des
affaires internationales; on devait la retrou-
ver ý l'oeuvre, quand la double difficultÈ du
conflit marocain et des affaires balkaniques
servit, en quelque sorte, de prÈlude ý la
guerre de i9i4.
   Il serait contraire ý la vÈritÈ de voir,
dans
ces larges Èvolutions de la politique europÈenne,
un parti pris continsment anti-allemand. Les
cabinets de Londres et de Saint-PÈtersbourg
recherchaient, au contraire, les occasions d'a-
paiser les inquiÈtudes de l'Allemagne. De trËs
bonne foi, les souverains s'employËrent ý
affirmer leurs relations amicales avec les
cours germaniques, et, ce qui importait encore
davantage, les gouvernements ne se refu-
saient jamais aux transactions pouvant conci-
lier les intÈrÍts particuliers de chacune des
puissances de la Triple Entente avec ceux
de l'Allemagne
   Les visites ÈchangÈes par Nicolas II,
Sdouard VII et Georges V avec l'empereur
Guillaume et l'empereur FranÁois-Joseph fu-
rent frÈquentes et, souvent, suivies d'ententes
d'une rÈelle importance : c'est ainsi, qu'en
novembre i9io, une entrevue de Nicolas Il
et de Guillaume II ý Potsdam eut pour sanc-
tion une convention russo-allemande, signÈe
peu aprËs, et par laquelle le gouvernement
russe dÈclarait ne plus s'opposer ý la construc-
tion du chemin de fer de Bagdad. En France
et en Angleterre, on ne fut pas sans rattacher
ý l'idÈe d'une amitiÈ russo-allemande un
peu
trop Ètroite, les mesures prises par la Russie ý
la suite de cet arrangement et qui retiraient
de la frontiËre allemande un certain nombre
des formations militaires.
   Par contre, l'Angleterre ne renonÁait pas
absolument ý tout mÈnagement ý l'Ègard
de
l'Allemagne. Les voyages de lord Haldane ý
Berlin furent, ý diverses reprises, pour la
France, un sujet d'inquiÈtude. A la veille de la
dÈclaration de guerre, dans les derniers jours
de juillet I9I4, M. de Jagow pouvait encore
dire ý l'ambassadeur britannique que l'Angle-
terre rompait avec l'Allemagne, au moment
mÍme o~ celle-ci croyait l'heure sonnÈe d'un
rapprochement dÈfinitif entre les deux puis-
sances.
   La France poussait, de son cÙtÈ, la condes-
cendance si loin que, dans les affaires du
Maroc, elle consentait ý une combinaison qui


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