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The History Collection

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Hanotaux, Gabriel, 1853-1944 / Histoire illustrée de la guerre de 1914
Tome 1 (1915)

Chapitre premier: Les origines diplomatiques du conflit,   pp. 7-[26] PDF (789.6 KB)


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HISTOIRE ILLUSTRSE Dl LA GUERRE DE 1914
en somme, du fait de-ses-gouvernants, une
vÈritable dÈception coloniale.
   Une des thËses chËres au pangermanisme
fut que l'Allemagne devait trouver au dehors
des dÈbouchÈs plus vastes pour ses Èmigrants
et ses produits: puisqu'elle n'avait pas su se
les rÈserver, elle les prendrait aux autres. Cette
irritation jalouse fut la raison des incidents
marocains qui, ý la fin de la pÈriode de l'ex-
pansion coloniale, faillirent troubler la paik
de l'Europe. Cette ambition dÈcouvrit son
brutal cyn.sme quand, ý la veille de la guerre
de I914, l'Allemagne ne cacha pas ý l'Angle-
terre que, en cas de victoire, elle entendait
exiger de la France la cession de tout ou
partie de son domaine colonial.
   La France, au contraire, gr'ce ý la vigi-
lance de Jules Ferry et de ses successeurs,
avait sagement pris les devants: la RÈpublique
avait rÈparÈ les pertes de l'ancien rÈgime,
par la rapiditÈ de ses vues et l'audace de ses
entreprises : avec une dÈpense d'hommes et
d'argent extrÍmement minime, elle Ètendait
son autoritÈ sur un des plus vastes domaines
coloniaux qu'ait connus l'histoire. En moins
de vingt ans, l'opÈration Ètait accomplie.
   Telle qu'elle fut conÁue et exÈcutÈe,
la
campagne d'expansion coloniale prÈsentait un
grand avantage: elle maintenait, en France,
l'esprit militaire ý une Èpoque o~ une action
antimilitariste des plus dangereuses menaÁait
de l'affaiblir; elle crÈait une phalange d'officiers
((ayant vu le feu ª, s'habituant ý manier les
hommes, ý dÈvelopper le contact moderne
entre le chef et le soldat; elle rÈaccoutumait
l'armÈe et le pays lui-meme ý la confiance et
ý la victoire. Le soldat colonial  devint un
type dont la nation Ètait fiËre et qui s'entraÓ-
nait, par les expÈditions lointaines, ý d'autres
services, si l'heure sonnait de les rendre.
   Mais cette mÍme politique avait un incon-
v Ènient grave: elle nous mettait, partout sur la
planËte, en rivalitÈ avec l'Angleterre et, de ce
chef, elle exposait nos relations internationales ý
quelque coup fourrÈ de la diplomatie allemande.
   Celle-ci ne sut pas profiter des circonstances
favorables qui se prÈsentaient ý elle. D'ailleurs,
notre diplomatie avertie prenait soin de ne pas
pousser les choses ý l'extrÍme dans les dÈbats
coloniaux engagÈs avec l'Angleterre. Gr'ce ý
cette prudence, tous les conflits anglo-franÁais
s'arrangËrent peu ý peu dans la pÈriode diffi-
cile qui s'Ètend de i885 ý i900. L'Angleterre se
rÈsigna ý nous laisser ý la fois le nord
de
l'Afrique, le Congo, Madagascar, nos colonies
d'Asie et d'OcÈanie. L'incident de Fachoda
n'eut pas de suite et l'affaire du Maroc de-
vint l'occasion d'un rapprochement dÈfinitif
entre les deux pays.
LA GUERRE               Les consÈquences de
RUSSO-JAPONAISE     la politique d'expan-
MOUKDEN               sion furent plus graves
pour la Russie. Son champ d'action Ètait
l'Asie. PoussÈe par les conseils de l'Allema-
gne, elle s'engagea dans une rapide mainmise
sur les territoires prolongeant la SibÈrie vers
l'ocÈan Pacifique. Quand elle se fut Ètablie en
Mandchourie, en CorÈe, ý Port-Arthur, elle
Èveilla les susceptibilitÈs du Japon.
   La force du Japon Ètait mÈconnue en
Europe et notamment ý Saint-PÈtersbourg.
La guerre russo-japonaise exposa l'empire du
tzar au plus grand pÈril qu'il ait couru depuis
la guerre de CrimÈe. Une crise intÈrieure,
fomentÈe en partie par le dehors, ajouta aux
pÈrils de la crise extÈrieure. Nicolas II vit
tomber autour de lui, sous la bombe ou le
revolver, ses serviteurs les plus fidËles. Sa
douceur rÈsignÈe connut des heures tragiques;
mais sa confiance dans l'affection de la grande
famille slave pour le  pËre ª qu'est l'empereur
lui donna la force de sauver ý la fois la dynastie
et l'empire. M. Witte signa la paix avec le
Japon sous le haut arbitrage des Stats-Unis et
jeta les fondements d'une constitution, en
mÍme temps que sa haute capacitÈ financiËre
sauvait le crÈdit de l'empire. M. Iswolski,
ministre des affaires ÈtrangËres, marquait une
Èvolution dÈcisive de la politique russe par un
rapprochement avec l'Angleterre qui devait
Ítre suivi d'un rapprochement avec le japon.
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