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The History Collection

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Hanotaux, Gabriel, 1853-1944 / Histoire illustrée de la guerre de 1914
Tome 15 (1923)

Chapitre LXVIII: La crise militaire de 1917,   pp. 147-212 PDF (37.4 MB)


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HISTOIRE  ILLUSTRSE  DE LA  GUERRE  DE  I9I4
entre le i2 et le 26 dÈcembre, allaient modifier
fortement la conduite politique et militaire de
la guerre, la prÈparation morale des Ètats-maj ors
ý la prochaine campagne et l'esprit qui, sous
l'impulsion de Joffre, animait, dominait et
Èquilibrait le grand corps de l'armÈe franÁaise.
LE GENSRAL NIVELLE            NommÈ le i2
MODIFIE LE PLAN             dÈcembre    pour
DE JOFFRE                   prendreseshautes
fonctions le 17 au matin, le gÈnÈral Nivelle
avait quittÈ Verdun le soir d'une belle victoire.
 L'expÈrience est concluante, avait-il dit. Notre
mÈthode a lait ses preuves. La victoire est cer-
taine, je vous en donne l'assurance. L'ennemi
l'apprendra ý ses dÈpens. ª Cette confiance Ètait
partagÈe par l'armÈe, par le gouvernement,
par le Parlement, par l'opinion publique;
la vague qui portait au poste suprÍme le
gÈnÈral Nivelle marquait, au fond, une rÈac-
tion contre ce qu'on appelait les' lenteursª
de la Somme. L'opinion n'avait pas rÈalisÈ
les succËs rÈels obtenus: Verdun dÈgagÈ;
l'Allemagne ÈpuisÈe. Encore moins prÈvoyait-
elle ce que Joffre savait et confiait ý Haig
et ý Foch: la grande manoeuvre stratÈgique
avec le recul certain et la dÈfaite probable de
l'Allemagne en fÈvrier. On rÈclamait presque
unanimement  une autre mÈthode ª. Quant
ý la modification que Joffre apportait ý sa
manoeuvre en Èlargissant jusqu'ý l'Aisne, on la
niait et, en mÍme temps, on demandait Nivelle
qui l'incarnait. Ce qu'on ne voulait, ý aucun
prix, c'Ètait recommencer la Somme; M. Albert-
Favre s'exprimait ainsi devant la Chambre:
  Lorsque, en dÈcembre i9i6, j'eus l'honneur d'Ítre reÁu
par le gÈnÈral Nivelle, je recueillis de sa bouche ce tÈmoi-
gnage qu'il n'y avait pas de plan pour la campagne de
I9I7, qu'on se proposait simplement, au G. Q. G., de pour-
suivre la campagne sur la Somme et de faire une opÈration,
que j'appellerai anecdotique, du cÙtÈ de l'Aisne (I).
n'ai jamais entendu Èmettre au G. Q. G. une critique sur
la faÁon dont le gÈnÈral Foch avait conduit la bataille
de
la Somme. On lui rendait, au contraire, pleinement hom-
mage... Il n'a nullement ÈtÈ question, ý aucun moment,
de
disgr'ce... C'est mÍme lui qui aurait ÈtÈ nommÈ
gÈnÈral en
chef et de l'avis mÍme de celui auquel il aurait succÈdÈ,
si son
Ètat de santÈ le lui avait permis. ª
  (I) ComitÈ secret de la Chambre du 29 juin 1917 (Journal
officiel du 27 juin 1922, p. 339).
  Plus tard M. Ribot, prÈsident du Con-
seil, en donnant son approbation ý l'offensive
de I9I7 ajoutera, qu'en tous cas,  on ne
s'entÍterait pas dans des attaques indÈfinies
comme ý la bataille de la Somme ª.
  Nivelle Ètait donc choisi, autant pour sa
haute valeur militaire, que pour la fougue
qu'il allait apporter dans le commandemen t
des armÈes. On comptait sur lui pour brusquer
la victoire.
  Ayant passÈ en six mois du commandement
d'un corps d'armÈe ý celui de toutes les armÈes
franÁaises, du domaine de la tactique ý celui
de la plus haute stratÈgie, inconnu hier et
ÈlevÈ subitement au premier rang sous le
regard passionnÈ du pays, Nivelle Ètait cer-
tainement un soldat hors pair. Pourtant
une question se posait : dominerait-il le flot qui
le poussait si brusquement jusqu'au sommet ?
EmportÈ par une confiance native et par
l'Èlan mÍme de sa fortune, saurait-il se maÓ-
triser lui-mÍme, saurait-il adopter, de l'hÈri-
tage qui lui Ètait remis, les parties qui pou-
vaient assurer les plus rapides et les plus
beaux rÈsultats ?
  Il se donna deux jours et, dËs le surlende-
main de sa prise de possession du commande-
ment, i9 dÈcembre, alors que Joffre Ètait
encore, jusqu'au 26, commandant en chef des
armÈes sur tous les fronts, il adressait au
gÈnÈral Douglas Haig, ý Montreuil, un nou-
veau projet d'opÈrations qui, dÈjý, dÈplaÁait
le centre de gravitÈ de la manoeuvre de Joffre
et le transportait de la plaine de Picardie au
massif du Chemin des Dames. Il ne s'agissait
plus de  continuer ý, la Somme. On Ècartait
dÈfinitivement cette suite, devenue si insup-
portable ý l'opinion.
   Tandis que Joffre avait donnÈ l'ordre d'y
 dÈployer toutes les ressources ª, on transpor-
tait l'effort principal sur l'Aisne. Le nouveau
projet prÈvoyait donc: Il une offensive sur la
rive nord de l'Oise avec une ou deux armÈes
(20 ý 30 divisions); 20 une rupture du front
dans la zone d'attaque actuellement prÈvue
par la 5e armÈe (i5 divisions environ);
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