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The History Collection

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Hanotaux, Gabriel, 1853-1944 / Histoire illustrée de la guerre de 1914
Tome 15 (1923)

Chapitre LXVII: La grande crise de l'hiver 1916-1917,   pp. 93-146 PDF (12.8 MB)


Page 146


HISTOIRE ILLUSTRSE DE LA GUERRE DE I9I4
riode de reconstruction commerciale, indus-
trielle, agricole et maritime des pays alliÈs;
30 mesures permanentes d'entr'aide et de col-
laboration entre les AlliÈs.Pendant la guerre,
ces rÈsolutions furent respectÈes; mais, aprËs
la guerre, elles furent immÈdiatement ÈcartÈes:
bien des misËres et des injustices s'en sont sui-
vies. On avait prÈvu aussi la constitution d'un
 ComitÈ international d'action Èconomique ª
qui se rÈunit sous la prÈsidence de M. Denys
Cochin. La compÈtence de ce comitÈ s'Èten-
dait non seulement sur l'application du blo-
cus maritime mais sur l'organisation d'un blo-
cus financier. M. Denys Cochin, malgrÈ les
deuils cruels qui le frappaient, prÈsida encore
ý cette oeuvre immense.
  DËs l'entrÈe en guerre des Etats-Unis, s'ins-
taurait une  politique du blocus ª englobant
la grande rÈpublique amÈricaine. DÈjý l'Italie
Ètait entrÈe dans le consortium; mais la puis-
sance Èconomique des Etats-Unis apportait
un appoint formidable. Comment les Alle-
mands, affolÈs par l'idÈe du succËs immÈdiat
de la guerre sous-marine ý outrance, n'avaient-
ils pas prÈvu cela?
  Une fois l'ensemble du systËme (dont nous
dirons plus loin les effets sur la fin de la guerre)
mis sur pied, M. D. Cochin prenait le parti de
se retirer. Par lui une oeuvre considÈrable Ètait
accomplie. En se sÈparant de M. Ribot, de-
venu prÈsident du Conseil, il Ècrivait ý celui-ci:
  J'avais ý mener ý bien, et j'y tenais, le blocus de l'Allc-
magne. J'espËre avoir rendu lý quelques services, prÈsi-
dant aux travaux excellents du ComitÈ de restriction,
arrangeant les dissentiments avec les AlliÈs, accoutumÈ
aux sautes de vent de l'Angletelre et aux dÈtours de l'Ita-
lie, apaisant aussi les tiraillements entre nos divers mini<-
tËres, enfin rÈglant les choses sans concession ni folle en-
chËre. C'est au moins ce que j'ai essayÈ dans ce domaine
o~ beaucoup de libertÈ m'a ÈtÈ accordÈe... Je
m'en vais
tranquille; car, d'abord, l'Allemagne est dans une misËre
noire; et, d'autre part, pour l'achever, nous ne pouvons
plus faire grand'chose ni Lord Robert Cecil ni moi. La
grosse clef pour resserrer le blocus est aux mains du
prÈsident Wilson. J'ai accablÈ le Gouvernement amÈri-
cain de mes suppliques et de mes renseignements. Gr'ce
au concours actif et intelligent de notre ambassadeur,
gr'ce au prÈcieux appui, ý Paris, de M. Sharp, la cause est
gagnÈe ; nos vues, nos mÈthodes sont adoptÈes. Le blocus
se fera dÈsormais en AmÈrique et par l'AmÈrique...
  M. Denys Cochin donnait sa dÈmission le
i6 aost I917 et Ètait remplacÈ au blocus par
M. MÈtin, dÈputÈ.
  Si l'on repasse dans l'esprit les rÈsultats
de cette confÈrence de Cambrai jusqu'ici ý
peine signalÈe par l'histoire, et qui avait
marquÈ pourtant l'avËnement tant attendu de
Hindenburg et de Ludendorff, on voit que,
finalement, les grands espoirs conÁus abou-
tirent, presque partout, ý des Èchecs: Èchec,
de la  manoeuvre pacifiste ª, Èchec des  pro-
positions de paix ª, Èchec de la guerre sous-
marine qui n'aboutit qu'ý provoquer l'inter-
vention de l'AmÈrique. La mÈthode nouvelle
rÈussit, il est vrai, en Russie, puisque la RÈvo-
lution anti-tsarienne et la chute de Nicolas Il
devaient amener bientÙt la dÈfection de l'alliÈe
russe, mais au prix de quelles consÈquences pour
la civilisation et pour l'Allemagne elle-mÍme!
  Quoi qu'il en soit, ce succËs compense, en
apparence, les graves Èchecs enregistrÈs d'autre
part puisqu'il laissa ý l'Allemagne un rÈpit.
Ce fut ce rÈconfort venu du dehors dont nous
parlions en commenÁant ce chapitre.
  Un tel avantage, l'Allemagne n'avait pu l'ob-
tenir que par suite d'une erreur des plusgraves,
commise par l'Entente sur le terrain militaire:
la chute du gÈnÈral Joffre. Cette chute avait,
en effet, retardÈ la reprise de l'offensive dÈcidÈe
pour le i5 fÈvrier 19I7. Or, exactement ý cette
date, Hindenburg ordonnait le fameux repli
stratÈgique. Que fut-il arrivÈ si la coÔncidence
exacte de l'offensive prÈvue et de la retraite
ordonnÈe avait permis de tomber sur celle-ci
et de la transformer en dÈroute ?... Mais nous
voici ramenÈs sur le terrain militaire et, aprËs
un long dÈtour, nous avons ý reprendre les
faits de la guerre sur le front occidental.


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