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The History Collection

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Hanotaux, Gabriel, 1853-1944 / Histoire illustrée de la guerre de 1914
Tome 15 (1923)

Chapitre LXVII: La grande crise de l'hiver 1916-1917,   pp. 93-146 PDF (12.8 MB)


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LA GRANDE CRISE DE L'HIVER i9i6-i9i7
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           EN ALLEMAGNE. - L'IDOLE HINDENBURG
AU CENTRE: LA STATUE DE BOIS AUX CLOUS DE FER, D'ARGENT ET D'OR
capital de confiance et de certitude victo-
rieuse. ª
  Les personnes de sens rassis, les ministres
responsables, ceux mÍmes qui devaient pÈrir
de l'avËnement des  Dioscures ª, partageaient
cet engouement;
  Bethmann-Hollweg Ècrit
  Depuis Tannenberg, le feld-marÈchal Hindenburg a ÈtÈ
le vivant symbole de la croyance populaire allemande. Et
il est restÈ le hÈros du peuple, mÍme lorsque le sort
ne
voulut pas lui accorder la victoire finale. Autour de ses
mÈrites militaires se tissaient des forces morales indÈfi-
nissables. Il avait ÈtÈ le sauveur de l'Est. La nation croyait
et Ètait convaincue que lui seul pouvait, en nous dÈli-
vrant de nos entraves sur tous les fronts, nous conduire ý la
victoire. Le peuple se serait considÈrÈ comme frustrÈ
de
sa plus grande force si nos destinÈes militaires n'avaient
pas ÈtÈ confiÈes au feld-marÈchal von Hindenburg.
D'autre
part, l'Allemagne aurait acceptÈ une paix mÍme mesquine,
mais seulement avec Hindenburg comme chef et seulement
avec son assentiment. L'importance psychologique de ces
facteurs Ètait inouÔe. Pendant l'ÈtÈ de ici6,
j'en ai fait
un exposÈ ý l'Empereur avec une Ènergie qui ne pouvait
Ítre surpassÈe (I).
   Rien de tel ne s'Ètait produit en France, nul
 engouement comparable pour un chef, quel
   (i) ConsidÈrations, p. x69.
qu'il fst. La statue de bois aux clous de fer
entraÓnait les imaginations sur un plan lÈgen-
daire o~ aucune autre personnalitÈ humaine
n'a jamais atteint de son vivant. Tel Ètait l'Ètat
d'aberration o~ quarante ans de politique
impÈriale et  mondiale ª avaient portÈ le bon
bourgeois allemand! Et, de ce plan exaltÈ, il
n'est pas encore retombÈ !
  Les succËs remportÈs en Roumanie confir-
mËrent, d'abord, ces espÈrances. Il y avait eu
un moment de vÈritable affolement quand
la Roumanie avait dÈclarÈ la guerre: la
joie n'en fut que plus grande quand on vit cet
adversaire tant redoutÈ, abattu si facilement.
La presse exultait:  Sous la direction de chefs
militaires habiles et mÈthodiques, les compa-
gnons d'armes allemands, bulgares et turcs
volent de victoire en victoire. Nous sommes
revenus aux jours glorieux o~ nous traversions
en tempÍte la Belgique et la Serbie. ª
   Ludendorff insiste, dans ses Souvenirs, sur
les excellents effets du ravitaillement en blÈs,
en pÈtroles, en bÈtail venu de la Roumanie.
   Or, comme une confirmation logique et
glorieuse de cette nouvelle phase heureuse des
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