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The History Collection

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Hanotaux, Gabriel, 1853-1944 / Histoire illustrée de la guerre de 1914
Tome 14 (1922)

Chapitre LXIII: Effets de Verdun et de la Somme,   pp. 213-[235] PDF (71.4 MB)


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HISTOIRE ILLUSTRSE  DE LA GUERRE DE I9I4
  LÈs choses deviennent ainsi trËs claires:
jusque dans les premiËres semaines de l'offen-
sive de Verdunet malgrÈ l'avis de l'Àtat-Major,
le gouvernement allemand n'ose pas se'lancer
dans la guerre sous-marine sans restriction.
Falkenhayn n'a pas l'autoritÈ suffisante pour
imposer cette politique au chancelier Beth-
mann-Hollweg et au ministre des Affaires
ÈrangËres Jagow. Les  civils ª dirigent encore
la diplomatie.
  Mais, ý partir de mars i9i6, l'idÈe de la
                         A1, +Prrni-n Les tor-
                                  ,,.
ceux-ci sentaient que la direction de la poli-
tique gÈnÈrale leur Èchappait comme elle
leur avait ÈchappÈ en juillet I9I4 et que le
militarisme allemand accepterait le risque de
jeter l'AmÈrique dans la guerre comme il y
avait jetÈ l'Angleterre. Jagow leva un jour
les bras au ciel en prononÁant le mot: FATA-
LITS !
  Le 28 avril, l'ambassadeur GÈrard fut con-
voquÈ ý l'Ètat-major de l'empereur, ý Char-
leville. Il ne se laissa intimider ni par l'Èta.
lage de la puissance militaire ni par l'inso-
lence dÈdaigneuse des gÈnÈraux qui ne lui
dirent pas un mot, ne paraissant pas s'aper-
cevoir de sa prÈsence. L'Empereur en grand
uniforme le reÁut et, juchÈ sur ss cothurnes,
lui dit:  Venez-vous comme le grand pro-
consul, la guerre dans une main et la paix dans
l'autre? ª L'ambassadeur en veston ne se
laissa pas dÈmonter et l'Empereur dut dis-
cuter avec lui point par point...
  L'ÈtÈ se passa dans des discussions oiseuses.
L'offensive de Verdun tournait mal, l'offen-
sive contraire s'Ètait dÈclenchÈe sur la Somme;
l'ambassadeur se trouva soudainement en
prÈsence d'une tactique nouvelle qui coÔncide
exactement avec le changement qui s'est pro-
duit dans le haut commandement. Le chancelier
et M. de Jagowluilfirent savoir, qu'en Allemagne,
on liait dÈsormais la question de la guerre
sous-marine sans limitation ý celle d'une nÈgo-
                        ciation pour la paix.
                          Au . dÈbut de sep-
                        tembre (remarquez la
                        coÔncidence des da-
                        tes), on prie l'ambas-
                        sadeur de se rendre
                        en personne aux
                        Stats-Unis pour obte-
                        nir  que le PrÈsident
                        fÓt quelque chose en
                        faveur de la paixª
                        (p. 28i). L'ambassa-
                        deur partit le 28 sep-
                        tembre.
             ,. UUIVICW, il rÈsumait lui-mÍme
son impression en ces termes
  Le mouvement en faveur d'une guerre sous-marine
impitoyable s'accentue de jour en jour en Allemagne.
Le chancelier lutte contre ce mouvement, mais il est
impossible de dire s'il pourra le contenir. J'ai quittÈ
l'Allemagne, persuadÈ que seule la paix empÍcherait
cette reprise.
  C'Ètait bien la paix de chantage, la paix le
revolver au poing. L'ambassadeur resta aux
Stats-Unis jusqu'au dÈbut de dÈcembre. Il
assista ý la rÈÈlection du prÈsident Wilson
et repartit, avec l'impression que celui-ci
n'avait qu'un but: faire la paix.
  Mais, ý son retour en Allemagne, il trouva
les choses bien changÈes. Jagow Ètait tombÈ
du pouvoir et remplacÈ par Zimmermann. Le
nouveau commandement s'Ètait emparÈ de la
direct ion des affaires. A Verdun, sur la Somme,
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