University of Wisconsin Digital Collections
Link to University of Wisconsin Digital Collections
Link to University of Wisconsin Digital Collections
The History Collection

Page View

Hanotaux, Gabriel, 1853-1944 / Histoire illustrée de la guerre de 1914
Tome 14 (1922)

Chapitre LXIII: Effets de Verdun et de la Somme,   pp. 213-[235] PDF (71.4 MB)


Page 222


HISTOIRE ILLUSTRSE  DE LA GUERRE DE I9I4
tion, Èvite la conclusion d'un armistice, puis-
qu'un armistice affirmerait la dÈfaite militaire.
Il est vrai que l'on prend toutes les prÈcautions
pour garder les]mains libres, surtout au point
de vue territorial, jusqu'ý l'ouverture des nÈgo-
ciations que l'on dÈsire prochaine. Et dÈjý l'on
se sert de l'arme de chantage par excellence, ý
l'Ègard de l'Angleterre et des Etats-Unis, la
guerre sous-marine sans limitation. En mÍme
temps, on en fourbit une autre, l'intervention
dans la politique intÈrieure du pays auquel on
s'adresse. Si Wilson hÈsite, le parti pro-alle-
mand votera contre lui et combattra sa
rÈÈlection.
  Ainsi, les mÈthodes qui seront celles du
nouveau Grand Quartier gÈnÈral se dÈcouvrent.
Partout, aux Stats-Unis, en Angleterre, en
France, en Belgique, en GrËce, en Russie,-
partout, l'arme morale, l'arme du pacifisme
va Ítre maniÈe par le parti de la guerre; les
Ètats-majors vont se servir de cette redou-
table propagande comme ils se sont servis
des gaz asphyxiants. Et, dans la paix comme
dans la guerre, les peuples seront victimes de
ces atroces rÈsolutions. Temps nouveaux, o~
l'imr Èrialisme allemand poursuivra son oeuvre
par des moyens rÈvolutionnaires et prendra ý
sa solde partout o~ il le pourra, la RÈvolution,
o~ il Èbranlera par tous les moyens, et notam-
ment par ce moyen, la rÈsistance morale chez
ses ennemis, tandis qu'il affectera de rejeter
sur sa propre population civile la respon-
sabilitÈ de ses colossales erreurs et de ses
terribles ambitions. Jeu extrÍmement complexe
et qui n'a pas ÈtÈ clairement expliquÈ jusqu'ici.
   AprËs la Somme et aprËs Verdun, le Grand
 Quartier gÈnÈral allemand mËnera de front
 la guerre sous-marine sans restriction, une
 nÈgociation ý triple fond engagÈe par le moyen
 des neutres, la propagande pacifiste chez tous
 ses ennemis. Ces trois armes, maniÈes avec une
 persÈvÈrance, une audace, mais aussi une
 lourdeur toutes germaniques, n'assureront pas
 le succËs final; mais elles prolongeront la
 guerre de deux ans, accumuleront les destruc-
 tions et les morts inutiles, et bouleverseront
enfin l'Èquilibre du monde en dÈchaÓnant la
rÈvolution russe. Telle fut la premiËre des
graves dÈcisions prises dans le conseil mili-
taire de Cambrai.
  Ces rÈsolutions arrÍtÈes, les yeux des diri-
geants allemands se tournent immÈdiatement
vers l'AmÈrique. Le rÙle considÈrable que joue,
dans les affaires allemandes, la  pensÈe de
l'AmÈrique ª est parfaitement expliquÈ dans
les MÈmoires de l'ambassadeur GÈrard. DËs le
dÈbut de l'Histoire illustrÈe de la Guerre, nous
avons signalÈ la volontÈ dÈclarÈe de l'empereur
Guillaume, s'il Ètait vainqueur, de s'en prendre
ý la concurrence commerciale et hÈgÈmonique
de l'AmÈrique. Cette pensÈe domina longtemps
dans son esprit ; de lý, sans doute, l'Ètrange
dÈclaration qu'il adressa directement ý l'am-
bassadeur des Stats-Unis dans l'audience du
22 octobre I9I5, alors qu'il se croyait encore
assurÈ de la victoire:  L'AmÈrique devra se
montrer circonspecte aprËs la guerre ª; et aussi:
 JE NE SUPPORTERAI AUCUNE SOTTISE de
l'AmÈrique aprËs la guerre (i). ª
  Cet Ètat d'esprit explique Ègalement les
dispositions d'aigreur et d'hostilitÈ qui sont
celles de l'Allemagne entiËre ý l'Ègard de
l'AmÈrique, dËs que la guerre commenÁa. On
ne paraÓt avoir eu aucune idÈe du pÈril qu'une
pareille attitude pouvait faire courir ý une
puissance engagÈe dÈjý dans une lutte ý mort
contre la Russie, la France, l'Angleterre, l'Ita-
lie, etc. L'Empereur lui-mÍme, gaffeur comme
toujours, s'enfonÁa dans son erreur par le tÈlÈ-
gramme qu'il rÈdigea de sa propre main et
qu'il livra directement ý l'ambassadeur le
io aost I9I4: dans ce tÈlÈgramme, il ava3t
assumÈ la responsabilitÈ de la violation du
territoire belge  pour des raisons stratÈ-
giques ª, aveu qui eut, sur les dispositions
amÈricaines, une si haute influence.
  On ne mÈnageait donc ni les intÈrÍts, ni les
susceptibilitÈs, ni la position juridique de
l'AmÈrique; le reproche que rencontraient
partout, ý la cour, dans la sociÈtÈ, dans la
presse, les AmÈricains et leurs reprÈsentants,
  (i) MÈmoires de l'ambassadeur GÈrard, tome Ier, p. 24.
222


Go up to Top of Page