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The History Collection

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Hanotaux, Gabriel, 1853-1944 / Histoire illustrée de la guerre de 1914
Tome 14 (1922)

Chapitre LXIII: Effets de Verdun et de la Somme,   pp. 213-[235] PDF (71.4 MB)


Page 218


IIST OI RE   lI, U S T Rhh  I)is  1 A   CIl hi R Rh  1) h,  19 14t
dÈgagement ni sur la Somme, ni ý Verdun, Ècrit Hin-
denburg (I) car nous n'avions pas de forces suffisantes
pour cela. Peu aprËs ma nomination au Grand Quartier
gÈnÈral, la situation gÈnÈrale m'obligea ý
prÈsenter ý la
signature de Sa MajestÈ l'Empereur l'ordre prescrivant
de cesser d'attaquer ý Verdun. Les combats qui se li-
vraient dans cette rÈgion Èpuisaient nos forces, comme
le fait une blessure qui ne se ferme pas...
  Quant ý la Somme, quelques lignes dÈcisives
manifestent la mÍme impuissance:
  A partir de la fin d'aost, la bataille de la Somme prÈ-
senta, elle aussi, le caractËre d'une lutte acharnÈe o~
les deux adversaires luttaient uniquement de front. Le
Grand Quartier gÈnÈral ne pouvait avoir d'autre rÙle
que de mettre ý la disposition des armÈes les forces dont
elles avaient besoin.
  Ludendorff est plus explicite: aprËs avoir
dit qu'il ne se rendit compte que le 7 sep-
tembre, ý la confÈrence de Cambrai, de la
gravitÈ de la situation, il ajoute
  L'image que je m'Ètais faite de ce qui se passait ý
Verdun et sur la Somme prit ý mes yeux des couleurs
plus sombres... Sur la Somme, il nous Ètait plus facile de
satisfaire aux demandes, par suite de l'arrÍt de l'attaque
sur Verdun ; il fallait cependant que nous continuions
d'escompter lý-bas une grande consommation de forces:
il Ètait possible que les FranÁais attaquassent eux-mÍmes
en partant du camp *retranchÈ. Verdun devenait comme
un ulcËre toujours ouvert qui dÈvorait nos forces. Il est
ÈtÈ plus raisonnable de ramener nos positions vers l'ar-
riËre, en deÁý du champ d'entonnoirs.
  Au sujet de la Somme, son impression n'est
pas meilleure
  L'ennemi prit Ginchy et Bouchavesnes. Le I7 vit
un grand combat sur la rive sud: nous perdÓmes Berny
et DeniÈcourt. Au sud de la Somme, la bataille diminua
d'intensitÈ, mais le feu roulant de l'artillerie continua. Au
nord de la Somme, les combats se poursuivirent ; le 25
commenÁa la lutte la plus terrible de cette bataille de la
Somme, si fertile en rudes combats. Grandes furent nos
pertes; l'ennemi prit Raucourt, Morval, Gueudecourt et
Combles, qu'on se disputa chaudement. Le 26, le coin
de Thiepval tomba. De nouvelles attaques ennemies,
le 28, ÈchouËrent. Les demandes qu'on nous adressait,
tant en officiers qu'en troupes, Ètaient extraordinaire-
ment ÈlevÈes. Les relËves qu'on avait prÈvues ý
Cambrai
et tout le plan de relËves projetÈ pour le front occidental
ne suffiraient bientÙt plus. Des divisions et d'autres
  (I) Ma vie, p. 187.
troupes durent Ítre jetÈes en toute h'te sur le front de la
Somme et y tenir trËs longtemps. Le temps consacrÈ
au repos et ý l'instruction sur un front calme se rÈduisait
de plus en'.plus. Les troupes s'usaient. Nous Ètions tou-
jours ý la veille d'une catastrophe...
  Cette derniËre phrase doit Ítre enregistrÈe
par l'Histoire. DËs septembre i9i6, l'Alle-
magne Ètait sur les genoux, et ý la veille d'une
catastrophe. Prise comme elle est Ècrite, c'est-
ý-dire au point de vue militaire, une telle dÈcla-
ration indique que le soldat allemand ne te-
nait plus qu'ý peine et qu'on apprÈhendait, ý
toute minute, une panique gÈnÈrale, comme
celle qui mit fin ý la guerre en i9i8. De cela,
les preuves abondent ; lla correspondance des
soldats et des officiers eux-mÍmes ne laisse
aucun doute. L'entrÈe en ligne des forces renou-
velÈes de l'Angleterre, la reprise de Brous-
silof, la guerre dÈclarÈe par la Roumanie, la
puissance matÈrielle des adversaires, leur supÈ-
rioritÈ croissante en aviation, l'apparition des
premiers tanks, les sacrifices effroyables et,
par-dessus tout, l'Èchec de Verdun et les
sanglants reculs de la Somme, avaient causÈ
dans l'armÈe et dans l'Allemagne entiËre une
dÈpression non seulement sociale, mais poli-
tique et militaire : la double manoeuvre de
Joffre avait ÈbranlÈ la confiance et il Ètait
en train de briser la volontÈ de l'ennemi.
  20 Les nÈgociations pour la paix et la guerre
sous-marine. - Cet Ètat de fait une fois cons-
tatÈ, les chefs militaires rÈunis ý Cambrai tirent,
ainsi que nous l'avons dit, une conclusion
gÈnÈrale, ý savoir que les armes ne suffiront
pas pour gagner la victoire et que l'issue de
la guerre doit Ítre cherchÈe dans un champ
d'action non exclusivement militaire.
  A ce point de vue, on envisage d'abord
l'idÈe d'une nÈgociation pour la paix. Il est
capital que cette idÈe ait ÈtÈ prise en sÈrieuse
considÈration, dËs cette Èpoque, par les mi-
lieux militaires, par ceux qui avaient voulu
la guerre et qui avaient pris ý l'Ègard du pays
l'engagement solennel de lui assurer, par la
victoire, l'hÈgÈmonie dans le monde.
  Or, il n'Ást pas douteux que c'est ý la con-
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