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Hanotaux, Gabriel, 1853-1944 / Histoire illustrée de la guerre de 1914
Tome 14 (1922)

Chapitre LXI: Verdun,   pp. 59-[183] PDF (542.8 KB)


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HISTOIRE  ILLUSTRSE  DE
  A cette confÈrence, fut communiquÈ ce que
l'on pouvait savoir d'un vaste plan allemand
qui consistait ý essayer de faire sauter le
cercle de la circonvallation des forces alliÈes,
en pesant rÈsolument sur les parties faibles.
Il avait, en consÈquence, conÁu le dessein:
d'abord de libÈrer la pÈninsule balkanique de
l'offensive par Salonique en constituant un
fort barrage ý base de Bulgares; en mÍme
temps de libÈrer Constantinople en nettoyant
Gallipoli, et l'on pensait que cette double ac-
tion simultanÈe assurerait la coopÈration de la
Roumanie. Ainsi, on dÈborderait le front russe
par le sud, on porterait l'offensive en Egypte
et en MÈsopotamie, et, en agissant sur les
neutres intimidÈs (SuËde, Suisse, Hollande), on
briserait, entre les mains des alliÈs, l'arme du
blocus. On n'entrevoyait pas encore une offen-
sive brutale sur le front occidental, mais ces
tentatives de diversions lointaines Ètaient de
nature ý la prÈparer.
  Ces donnÈes sur les plans de l'ennemi Ètaient
soumises ý la confÈrence. Comme contre-partie,
on Ètait en prÈsence des divers plans alliÈs,
Èmanant soit de l'autoritÈ britannique, soit de
l'autoritÈ russe, soit des autoritÈs franÁaises. Le
haut commandement anglais rÈclamait l'aban-
don de Salonique et il sacrifiait beaucoup ý
la dÈfense de l'Egypte. Le commandement
russe demandait l'extension de l'offensive par
Salonique pour dÈgager le front russe par une
diversion dans les Balkans et il rÈclamait aussi
la marche sur Vienne combinÈe avec l'armÈe
italienne.
  A ces divers projets, Joffre opposait des ar-
guments d'une grande force: dÈplacer l'axe dÈ
la guerre, disait-il, c'Ètait perdre d'immenses
efforts accumulÈs, c'Ètait prolonger les hosti-
litÈs sans dÈcision prochaine, en un mot,
c'Ètait suivre l'initiative des Allemands et non
leur imposer la nÙtre. En plus, que ferait-on
si l'Allemagne, comme tout l'indiquait, accu-
mulait un jour ses forces pour une offensive
sur le front principal, sur le front occidental?
Quelles ressources resterait-il pour cette lutte
suprÍme, si les forces avaient ÈtÈ dispersÈes
en vue d'entreprises excentriques et d'un
effet fatalement trËs incertain et trËs Èloi-
gnÈ (I) ?
  Le gÈnÈral Joffre, saisissant cette occasion
unique o~ les Stats-Majors de toutes les puis-
sances alliÈes se trouvaient rÈunis, plaida ý
fond, et une fois pour toutes, la cause du front
principal, le front franÁais, mais en l'associant
ý l'action simultanÈe de tous les autres fronts.
  D'aprËs ses conclusions, la dÈcision devait
Ítre recherchÈe par des offensives concordantes
sur les fronts franco-anglais, russe et italien,
et ces offensives devaient Ítre dÈclenchÈes si-
multanÈment ou, tout au moins, ý des dates
suffisamment rapprochÈes pour que l'ennemi
fst dans l'impossibilitÈ de transporter ses rÈ-
serves d'un front ý un autre. L'offensive gÈnÈ-
rale prÈparÈe pour l'annÈe i9i6 aurait lieu
le plus tÙt possible; nÈanmotns, on devait se
plier aux circonstances, si des considÈrations
de diverses natures, - Ètat climatÈrique, situa-
tion de l'ennemi, degrÈ de rÈalisation des di-
vers programmes de fabrications industrielles,-
empÍchaient de fixer d'une maniËre dÈfinitive
la date de l'offensive. Les Russes ne pouvaient,
affirmaient-ils, Ítre prÍts avant juin; eh bien,
ce serait vers cette Èpoque, malgrÈ les incon-
vÈnients d'un tel retard, que commenceraient
les actions combinÈes. Si, toutefois, l'ennemi
venait ý attaquer auparavant l'une des puis-
sances alliÈes, les autres armÈes lui apporte-
raient immÈdiatement leur concours dans toute
la limite du possible.
  La confÈrence prit d'autres rÈsolutions im-
portantes. On mit au point, dans la mesure du
possible, l'organisation du ComitÈ qui devait
assurer  l'unitÈ de front et l'unitÈ d'action ª;
M. Briand se montra disposÈ ý partir pour
Rome y plaider cette cause. On aborda aussi
l'Ètude du problËme de l'unitÈ d'action Ècono-
mique: la guerre serait gagnÈe ou perdue selon
que l'Allemagne pourrait ou non se ravitailler.
-A ce point de vue, le succËs ou la dÈfaite pou-
  (i) Sur les confÈrences de Chantilly en dÈcembre i9I5,
voir l'excellent exposÈ du colonel APPFRT: La Direction mili-
taire, diplomatique et Èconomique de la guerre ý la veille
de
Verdun, dans Revue militaire franÁ«aise, no I, P. 80.
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LA GUERRE DE I9I4


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