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The History Collection

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Hanotaux, Gabriel, 1853-1944 / Histoire illustrée de la guerre de 1914
Tome 14 (1922)

Chapitre LX (suite): Le front occidental en 1915: La guerre des tranchées,   pp. 1-[58] PDF (445.9 KB)


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HISTOIRE ILLUSTREE DE LA GUERRE DE I9I4
sont efforcÈes, avec un zËle extrÍme et un suc-
cËs incontestable, ý parer ý la crise de l'artil-
lerie et ý la crise des munitions. Le mieux,
d'ailleurs, n'est-il pas de laisser la parole ý
l'homme dont l'Ènergie fut le vÈritable palliatif
de cette crise, M. Millerand
  Le lendemain de la bataille de la Marne s'ouvrait
la crise des munitions. Le i7 septembre, le gÈnÈral en
chef en prÈvenait le ministre. Trois jours plus tard, celui-ci
prÈsidait ý Bordeaux, dans les locaux de l'UniversitÈ,
la rÈunion d'industriels qui fut le point de dÈpart de
toute l'organisation Èconomique et industrielle de la
guerre... Il fallait avant tout fournir des munitions ý
nos 75. En fait, ce n'est qu'avec la plus grande difficultÈ
qu'ý la rÈunion des industriels du 27 septembre I914, le
ministre obtint, gr'ce aux sollicitations les plus pres
santes, que les industriels acceptassent une partie de cette
commande sans nuire ý la fabrication des obus de 75.
   Pourquoi ces hÈsitations? Un autre mÈmoire,
celui du gÈnÈral Baquet, l'indique (I): le per-
sonnel mobilisÈ Ètait absent des usines, il
fallait l'y ramener ; en raison de l'insuffisance
des moyens de laminage, la production man-
quait des aciers nÈcessaires ; les usines de fer
dont nous disposions ne fournissaient que
2 300 000 tonnes de minerais, alors que nous
en consommions ii 500 ooo avant la guerre et
que nous en produisions 22 millions extraites
pour la plus. grande partie du bassin de Briey
notre production de houille Ètait tout ý fait
insuffisante ; le coke mÈtallurgique venait,
avant la guerre, surtout de Belgique et d'Alle-
magne. Nos industriels avaient ý vaincre de
telles difficultÈs qu'il n'y avait d'abord d'au-
tres ressources pour eux que de contracter
des marchÈs en AmÈrique, en Angleterre, en
Espagne, etc. Ce n'est pas par des polÈmiques
de presse que se rËglent de telles insuffisances.
  En ce qui concerne les nÈcessitÈs et les pro-
grËs de l'artillerie, M. Millerand donne les
prÈcisions suivantes
  Il faut que nous fournissions de munitions les Serbes
et les Belges ; il faut mÍme modifier notre outillage pour
fournir la Russie. Or, ý travers toutes ces difficultÈs n'est
  (I) GÈnÈral BAQuET, Souvenirs d'un directeur de l'artille-
rie, 1921, in-80, p. 54.
pas perdue de vue la nÈcessitÈ de crÈer l'artillerie
lourde
qui nous manque. Le 24 octobre, on avait organisÈ ý
l'intÈrieur 88 batteries de go ; 3i de 95 ; des groupes de
I20 long; 3 groupes de i55 long; io8 matÈriels de i55
court, modËle I912 ; 12 batteries de mortiers ý plates-
formes mÈtalliques... A la bataille de Champagne, au
mois de septembre i9i5, on trouvera en service ces grosses
piËces: 24 mortiers de 270 de cÙte; i6 canons de ioo T. R.,
4 de i4 centimËtres, 4 de i6 centimËtres, 24 de i9 centi-
mËtres, r de 274.
   Voici le rÈsultat directement ds aux dispositions prises
 en I9I2, sous l'impulsion du gÈnÈral Joffre: 68 batteries
 d'artillerie lourde, Ier aost I9I4 ; or, il y en a 272 le
 Ier aost i9I5. Et voici, maintenant, les totaux : en de-
 hors des 75, il n'y a aux armÈes, le Ier octobre I9I4, que
 iio canons en service (non compris ceux des places);
 le Ier janvier i9i5, il y en a I 547 ; le Ier avril, 2 050: le
 Ier juillet, 2 470 ; le Ier octobre, 3 588 !
   Quant aux obus de 75, dont la fabrication fut mise en
route dans les conditions que j'ai indiquÈes ý partir du
20 septembre I9r4, tandis qu'ý la mobilisation nous
avions i igo coups par piËce de 75, la moyenne journaliËre
reÁue par les entrepÙts de rÈserve gÈnÈrale
atteint, en
dÈcembre 19I4, 34 332 ; au mois d'avril i9i5, elle est de
67 90I ; elle monte ý 85 301 en juillet, ý II7 635 au mois
d'octobre i915 (i).
  Nous rÈsumerons cet effort dont il faut laisser
le dÈtail aux spÈcialistes, dans cette page
de Joseph BÈdier:
  En i9i6 et I9I7, au cours de la prÈparation et de
l'exÈcution d'une seule attaque, un canon de 75 consom-
mait en projectiles ce qu'on avait admis avant la guerre
qu'il consommerait en deux ou trois mois. Pour dÈtruire
ioo mËtres de tranchÈes, il fallait, dans un tir bien exÈcutÈ
et bien observÈ, tirer au moins aprËs le rÈglage 300 obus
de I55 long, et pour faire une brËche de 15 ý 20 mËtres
de large dans un rÈseau de fils de fer, il fallait tirer
environ 500 obus de 75. Dans le mois (le juillet i9I6, notre
canon de campagne a consommÈ 6 400 000 obus; en
octobre i916, 5 500 ooo. L'apport d'un jour de feu aux
batteries a parfois atteint i 200 tonnes pour un corps
d'armÈe ayant deux divisions engagÈes.
  Cependant, les Allemands tiraient, par exemple, au
cours de l'attaque du Ier juillet:
          Batteries de 77 2 250 obus.
              -    de Io5: I 8oo obus.
                   de 150   9oo obus.
                   de 2io   400 obus.
  La consommation maxima relevÈe pour certaines batte-
lies allemandes a ÈtÈ, poui les 77, de 4 ooo, pour les I05
de 3 000, pour les i50 de I 200, pour les 210 de 500.
  (I) Voy. A. MILLERAND, Revue hebdomadaire du 15 fÈvrier
i9i9, et Gabriel HANOTAUX et colonel FABRY, le MarÈchal
Joflre.


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