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The History Collection

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Hanotaux, Gabriel, 1853-1944 / Histoire illustrée de la guerre de 1914
Tome, 1 (1915)

Chapitre VI/ La France en face de l'Allemagne,   pp. 130-[152] PDF (11.2 MB)


Page 142


HSISTOuIRE ILL U'STREF 1)1: LA (D'I'RRF 1)1 1914
  Le vote de la loi de Tlrois ans n'en produisit
pas moins en Allemagne une violente irritation.
L'attachÈ militaire, colonel Serret, Ècrivait,
de Berlin, le I5 mars i9i3:  Le mouvement
patriotique qui s'est manifestÈ en France a
causÈ, dans certains milieux, une vÈritable co-
lËre ; depuis quelque temps dÈjý, on rencontre
des gens qui dÈclarent les projets militaires de
la France extraordinaires et injustifiÈs. Dans
un salon, un membre du Reichstag, et non un
ÈnergumËne, parlant du service de trois ans,
en France, allait jusqu'ý dire:  C'est une
provocation, nous ne le permettrons pas ! ª
De plus modÈrÈs, militaires ou civils, soutien-
nent couramment la thËse que la France,
avec ses quarante millions d''mes, n'a pas
le droit de rivaliser ainsi avec l'Allemagne.
En somme, on est furieux. C'est du dÈpit...
Au moment o~ la force militaire allemande est
sur le point d'acquÈrir cette supÈrioritÈ
dÈfi-
nitive qui nous forcerait ý subir, le cas ÈchÈant,
l'humiliation ou l'Ècrasement, voici que, sou-
dain, la France refuse d'abdiquer et qu'elle
montre, comme disait Renan, son pouvoir
Èternel de renaissance et de rÈsurrection !... ª
  Et l'attachÈ naval, M. de Faramond, ache-
vait de dÈpeindre cet Ètat des esprits en Alle-
magne:  Lors du dernier serment des recrues
de la garde ý Potsdam, j'ai ÈtÈ frappÈ
d'en-
tendre l'Empereur prendre pour thËme de
son discours aux jeunes soldats,  le devoir
d'Ítre plus courageux et plus disciplinÈ dans
la mauvaise fortune que dans la bonne ª. Et
c'est parce qu'une premiËre dÈfaite allemande
aurait, pour l'Empire, une portÈe incalculable
que l'on trouve, dans tous les projets militaires
ÈlaborÈs par le grand Stat-major, l'objectif
d'une offensive foudroyante contre la France. )
(Livre Jaune.)
  A ÈgalitÈ de nombre, il ne restait plus aux
Allemands qu'ý s'en rapporter ý la supÈrioritÈ
de leur organisation ; c'Ètait l'avis du vieux
prince Henckel de Donnesmarck, se rÈfÈrant,
en I9I4, ý une conversation qu'il avait eue en
i870 sur la valeur comparÈe des deux armÈes:
 J'ai la conviction que vous serez battus pour
la raison que voici: en dÈpit des brillantes
qualitÈs que je reconnais aux FranÁais et que
j'admire, vous n'Ítes pas exacts. Par exacti-
tude, je n'entends pas le fait d'arriver ý l'heure
ý un rendez-vous, mais j'entends la ponctua-
litÈ dans toute l'Ètendue du mot. Le FranÁais,
qui a une grande facilitÈ de travail, n'est pas
aussi ponctuel que l'Allemand dans l'accom-
plissement de ses devoirs. Dans la prochaine
guerre, la nation victorieuse sera celle dont tous
les serviteurs, du haut en . bas de l'Èchelle,
seront exacts ý remplir leur devoir, si impor-
tant ou si infime que soit ce devoir. ª Et le
prince de Donnesmarck ajoutait:  La ponc-
tualitÈ, quand il s'est agi, il y a quarante ans,
de mouvoir une armÈe de 500.000 hommes,
aura une importance encore bien plns grande
au cours de la prochaine guerre, o~ l'on devra
mettre en action des troupes autrement nom-
breuses. ª Sous cette forme, le vieux prince a
exprimÈ la confiance qu'ont les Allemands
dans la supÈrioritÈ de leur organisation mili-
taire.
  Les Allemands devaient apprendre, bien-
tÙt, ý la faÁon dont s'accomplit en France
la mobilisation et le ravitaillement, que le
FranÁais avait appris ý mettre sa montre ý
l'heure.
  Il n'en restait pas moins que, dans son en-
semble, l'organisation allemande, poussÈe ý
fond pour un obj et dÈterminÈ et avec une
rÈsolution avertie, prÈsentait une grande
avance sur l'organisation franÁaise.
  Signalons un autre point qui avait aussi
son importance.
  MalgrÈ que la visibilitÈ de l'uniforme fran-
Áais fst dÈplorÈe depuis longtemps, on consacra
de longues discussions en I9I2 ý ce sujet si
important, et on ne sut pas aboutir.
LE CANON       La France avait toute raison
DE 75        de se confier en la qualitÈ du
canon de 75. C'est une arme admirable. Il fut
conÁu dËs i892, perfectionnÈ lentement par
les
soins du colonel Deport et du commandant
'4.,


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