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Hanotaux, Gabriel, 1853-1944 / Histoire illustrée de la guerre de 1914
Tome 1 (1915)

Chapitre V: La politique des armements,   pp. 112-[129] PDF (389.5 KB)


Page 116


HISTOIRE ILLUSTRSE DF LA GUERRE DE 1914
Ítre soldats, le deviennent effectivement.
  Pour rÈaliser, au moins en grande partie,
un pareil programme, il fallait un milliard: un
impÙt exceptionnel portant, ý la fois, sur le
revenu et sur la fortune et frappant les riches,
le fournit.
  " L'annÈe i8i3, Ècrivait la Correspondance
politique et militaire, fut une annÈe de sacri-
fices. L'annÈe i9i3 doit l'Ítre aussi pour
chacun ; car les temps ne sont guËre moins
graves qu'il y a cent ans. ª
  En consÈquence, les souverains confÈdÈrÈs,
les hobereaux, la bourgeoisie libÈrale et catho-
lique, les socialistes eux-mÍmes acceptËrent ce
sacrifice.
  Le projet de loi prÈvoyait 4.000 officiers ein
plus des chiffres fixÈs par la loi de i9I2,
i5.000 sous-officiers, II7.000 soldats, - ou
I26.000 avec les 9 o o prÈvus par l'excÈdent
sur les estimations budgÈtaires.
  PrÈsentÈ le 7 avril, il fut discutÈ le
28 avril par la Commission du Budget. Le
30 avril, il Ètait approuvÈ ý l'unanimitÈ
des partis bourgeois et votÈ le 30 juin i9i3;
il devait Ítre appliquÈ en grande partie dËs
octobre I9I3.
  Les causes politiques de cette nouvelle loi,
dont le caractËre d'urgence avait quelque chose
d'impressionnant et presque de terrifiant, se
rÈsument en deux mots, : augmentation de
puissance immÈdiate pour l'Allemagne; donc,
prÈvision d'une guerre prochaine. D'ailleurs,
un fait patent, depuis les rÈvÈlations pro-
duites par M. Giolitti ý la tribune de la
Chambre italienne, suffit pour tout expli-
quer: dËs aost 19I3, l'Allemagne faisait sonder
l'Italie, pour savoir si cette puissance consi-
dÈrerait une attaque immÈdiate sur la Serbie
comme entraÓnant le casus foederis. Il y avait
donc, dËs lors, une volontÈ d'agression par-
faitement consciente et nettement dÈter-
minÈe.
  On agitait, ý la fois, les deux spectres, le
spectre de l'expansion slave et celui de la
revanche franÁaise. Un article de la Gazette
de Cologne du i0 mars, sur la  France qui
trouble la paix ª, Ètait destinÈ ý
entraÓner
l'opinion allemande, anxieuse en prÈsence de
tels sacrifices.
  AprËs l'avoir inspirÈ, le chancelier le dÈsa-
voua, mais le coup Ètait portÈ.
  La presse allemande tout entiËre suivait le
mot d'ordre, tantÙt incriminant les voisins de
l'ouest et tantÙt les voisins de l'est.
  Le 8 mars, la Germania avait dit:  Il s'agit
de savoir si les Allemands dÈsirent que l'Au-
triche-Hongrie soit menacÈe dans son exis-
tence ou mÍme s'effondre pour le plus grand
bÈnÈfice des Slaves : telle est la question
essentielle qui se pose, en ce moment, dans la
politique extÈrieure; toutes les autres sont
secondaires. ª
  A quoi la Gazette de Cologne rÈpondait,
renvoyant la balle: Dans quelque coin du
monde qu'Èclate un incendie, une chose cer-
taine et ssre, c'est que nous aurons ý croiser le
fer avec les FranÁais. ª
  Ayant ainsi prÈparÈ les voies, le chancelier,
dÈfendant la loi devant le Reichstag, prit
la parole le 7 avril; il recourut aux mÍmes
procÈdÈs d'affirmations tranchantes et de
restrictions mentales qui Ètaient en usage
dans la polÈmique allemande. Nous avons
dÈjý citÈ le passage de ce discours qui
Èmut l'Europe tout entiËre et qui Ètait une
vÈritable dÈclaration de guerre suspensive
ý l'adresse de ces  courants panslavistes ª
dont Bismarck se plaignait dÈjý et qui ont ÈtÈ
puissamment renforcÈs par les victoires des
Slaves dans les Balkans... ),
  Et, se retournant vers l'Est, c'est la mÍme
faÁon d'incriminer les soi-disant tendances de
l'opinion, tout en reconnaissant les disposi-
tions pacifiques des gouvernements :  Nos
rapports avec les FranÁais sont bons. Dans son
discours du II juin I887, Bismarck disait:
Si les FranÁais sont dÈcidÈs ý
attendre que
( nous les attaquions, nous sommes certains
 que la paix est assurÈe pour toujours. >) La
situation n'a pas changÈ depuis...  (Et, pour-
tant, quel est l'ambassadeur qui a rÈclamÈ ses
passeports en 19I4, sinon M. de Schoen ?...)
i I'i)


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