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The History Collection

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Hanotaux, Gabriel, 1853-1944 / Histoire illustrée de la guerre de 1914
Tome 1 (1915)

Chapitre IV: L'Allemagne politique,   pp. 63-[111] PDF (6.6 MB)


Page 106


HIISTOIRE 1 lUSTI    DE TL T A GUTERRE DE 1914
promu   plus tard, par la gr'ce impÈriale,
prince de Bulow, est certainement un esprit
distinguÈ ; il a l'art d'agencer, le sens du
possible, l'application constante quoique assez
indolente aux affaires, mais il a toujours paru
l'homme d'une seule affaire, en cela diplo-
mate plus qu'homme d'Stat; ÈlËve de Bis-
marck, mais n'ayant, du maÓtre, ni la largeur
des vues, ni l'autoritÈ.
  Sa qualitÈ maÓtresse peut-Ítre, fut celle
qui
se rÈvËla en lui, quand, de ministre des Affaires
ÈtrangËres, il devint chancelier, -l'Èloquence.
Cet homme, de carriËre silencieuse, dÈploya,
devant le parlement, une souplesse oratoire,
une abondance, un esprit, une ingÈniositÈ,
en un mot, un don de sÈduction que personne,
peut-Ítre dans ce genre, n'a surpassÈ en Alle-
magne. Mais on sentait percer, en lui, les dÈ-
fauts du  parlementaire ª, l'excËs dans l'habi-
letÈ manoeuvriËre, le sacrifice de l'objet aux
moyens, le gost de l'approbation, la prÈoccu-
pation extrÍme de la presse, et, surtout, le
rabaissement de son objectif ý ce qu'il appelait
le sens des rÈalitÈs, ce qui revient ý dire
au
terre ý terre et au matÈrialisme politique.
  Dans le procÈdÈ de cet homme public,
ÈlevÈ sur les genoux de la Cour, adouci par les
longs sÈjours au dehors, attÈnuÈ par le
scepti-
cisme diplomatique, grisÈ par les succËs ora-
toires, on ne peut pas ne pas remarquer une
certaine absence de vigoureux nationalisme et
de ferme attache au simple et au solide. Plus
proche de Beaconsfield que de Bisinarck, il se
dÈfinit, en quelque sorte, lui-mÍme, dans un de
ses derniers discours:  Rien n'est Èternel en
politique; le but, c'est-ý-dire le bien, la gran-
deur et la puissance de la patrie subsiste, mais
les moyens changent selon l'opportunitÈ.  Un
membre distinguÈ de ce parlement et qui me
voulait du bien, M. Bamberger, me disait, un
jour: (t Je crois bien que le secret de la poli-
tique ÈtrangËre consiste, en rÈalitÈ,
dans une
certaine inconsÈquence audacieuse t.
   ,( Une certaine inconsÈquence audacieuse ª,
telle est la mÈthode de cet esprit, mÈthode que
l'on put croire un moment supÈrieure, niais qui,
se heurtant ý la capricieuse intempÈrance du
maÓtre, aboutit ý clore sa carriËre de chancelier
par un retentissant Èchec.
  A l'extÈrieur, le prince de Bulow donna sa
mesure dans diverses circonstances qui ne sont
pas sans rapport avec les ÈvÈnements de I9I4;
il fut, aprËs l'Empereur Guillaume, l'endosseur,
sinon le crÈateur de la  politique mondiale ª;
il eut, avec Chamberlain, un dÈbat retentissant
et qui ne contribua pas peu ý irriter les esprits,
rÈciproquement, en Allemagiie et en Angle-
terre ; il rencontra, sur sa route, la politique
d'Edouard VII et ne sut pas y parer; dans ses
relations avec la France, il connut, d'abord,
un succËs chËrement payÈ en Èpuisant
l'auto-
ritÈ de l'Allemagne, pour mettre en Èchec un
ministre franÁais, puis un Èchec, beaucoup plus
grave, en ameutant le monde contre l'Alle-
magne, ý la confÈrence d'AlgÈsiras. A l'Ègard
de
la Russie, ses responsabilitÈs sont plus lourdes
encore: c'est lui qui soutint l'Autriche-Hongrie
contre la Russie, lors de l'annexion de la Bosnie-
HerzÈgovine et qui, en i908, dans une situation
presque semblable ý celle qui se reproduisit
en I9I4, et alors qu'il s'agissait de savoir si
on laisserait Ècraser la Serbie par l'Autriche,
donna ý la Russie  l'avis amical n( qui devait
faire reculer celle-ci, mais qui ne pouvait plus
se rÈpÈter par la suite.
  Dans la politique intÈrieure, le ministËre du
comte de Bulow, alternant dans un jeu plus
habile qu'efficace auprËs des diffÈrents partis
conservateurs, combattit vigoureusement le
socialisme, mais sans en extirper la racine.
Il vit se dÈvelopper les scandales dans l'admi-
nistration, dans l'armÈe, dans le monde, dans
la cour. Sous ce diplomate indulgent, adroit et
superficiel, la vieille Allemagne s'enrichissait
et se dÈmoralisait. L'Empereur, toujours adulÈ
et trompÈ, au fond, par cette insouciance Èlo-
quente, s'abandonnait ý l'illusion de cette pros-
pÈritÈ gangrenÈe, quand il fut rÈveillÈ
par les
deux coups de foudre du scandale des Eulen-
bourg et de l'intervienw du Daily Telegraph.
Et, pour comble, le chancelier, qui l'avait laissÈ
s'approcher de l'abÓme couvert de fleurs, parut
lot,t;


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