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The History Collection

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Hanotaux, Gabriel, 1853-1944 / Histoire illustrée de la guerre de 1914
Tome 1 (1915)

Chapitre IV: L'Allemagne politique,   pp. 63-[111] PDF (6.6 MB)


Page 104


HISTOIRF ILLUSTRSr D[l LA CUrRRE DE 1914
roi Albert  je nt suis mnllement surplris de
son impression qui rÈpond ý celle que je ressens
moi-mÍme depuis quelque temps.: l'hostilitÈ
contre nous s'accentue et l'E:)impereur- a cessÈ
d'Ítre partisan de la paix... Il croit naturelle-
ment ý la supÈrioritÈ Ècrasante
de l'armÈe
allemande et ý son succËs certain...
   <( Au cours de cette conversation, l'Empereur
Ètait, du reste, apparu surmenÈ et irritable. A
mesure que les annÈes s'appesantissent sur (uil-
laume II, les traditions familiales, les senti-
ments rÈtrogrades de la Cour et surtout l'iun-
patience du militarisme prennent plus d'empire
sur son esprit. Peut-Ítre, Èprouve-t-il on ne sait
quelle jalousie de la popularitÈ acquise par son
fils qui flatte les passions des pangermanistes
et ne trouve pas la situation de l'Empire dans
le monde Ègale ý sa puissance.
  +( Peut-Ítre aussi, la rÈplique de la France ý
la derniËre augmentation de l'armÈe allemande
est-elle pour quelque chose dans ces amer-
tumes : car, quoi qu'on dise, on sent qu'on ne
peut guËre aller plus loin... S'il Ètait permis
de conclure, je dirais qu'il est bon de tenir
compte de ce fait que l'Empereur se familia-
rise avec un ordre d'idÈes qui lui rÈpugnait
autrefois et que, pour lui emprunter une locu-
tion qu'il aime ý employer, nous devons tenir
notre poudre sËche i!
  Surprenante vÈrificationl de cette obser-
vation psychologique qui est le fond de toute
l'histoire des hommes, ý savoir que, nul, ici-
bas, n'Èchappe ý la destinÈe de son caractËre.
Le vellÈitaire de la politique en zig-zag, poussÈ
par sa nature mÍme, aurait fait le prodigieux
zig-zag de la paix ý la guerre
LES CHANCELIERS        L'Emnpereur est le maÓ-
DE L'EMPIRE          tre de l'Empire, mais il
ne dirige pas, ý lui seul, la politique impÈriale.
Bismarck avait soigneusement rÈservÈ, dans le
systËme, la place de l'organe de transmission
qui, dans sa pensÈe, devait Ítre le principal
organe d'action, le chancelier.
  L'Empereur Guillaume rompit avec le prince
deBismarck au sujet de cette limite dÈlicate des
l)ouvoirs et (les attributions entre le chef et
le premier des subordonnÈs. Il n'avait pu se
p)asser, cependant, d'un homme de confiance,
tenant entre ses mains toute la pratique de la
politique allemande.
   Le chancelier allemand n'est pas le prÈsident
 du conseil des ministres sous le rÈgime parle-
 mentaire; mais il n'est pas, non plus, un simple
 instrument aux ordres de l'Empereur. Quelle
 que soit l'activitÈ du souverain, elle ne saurait
 s'Ètendre ý tout; en particulier, elle ne peut
 entrer en relations suivies avec les assemblÈes
 politiques et avec les administrations.
   En un mot, le monarque dirige la politique,
 il ne la lait pas.
   TLe chancelier a donc uie trËs haute part de
responsabilitÈ dans la conduite des affaires;
selon qu'il les engage heureusement ou mal-
heureusement, elles peuvent mener l'Empe-
reur et l'Empire, soit au succËs, soit au revers.
  Bismarck fut le premier chancelier de l'Em-
pereur Guillaume : il appartient ý l'histoire de
prononcer le verdict sur la faÁon dont le jeune
Empereur congÈdia le fondateur et le plus
grand homme (le l'ERmpire.
  Le Comte de Caprivi, qui le remplaÁa, Ètait
un soldat, esclave de la consigne; il mit son
esprit adroit et patient au service de la poli-
tique personnelle du souverain ; mais, sa
loyautÈ ne sut pas se dÈfendre contre les
intrigues de la Cour et ce fut encore l'Empereur
qui, subissant l'influence de la coterie des
ECulenbourg, se sÈpara de lui, en I894.
  Le prince de Chodowig de Hohenlohe,
cadet de famille souveraine, bavarois, catho-
lique, fut chancelier de I894 ý i900, aprËs
avoir ÈtÈ, pendant dix ans, ambassadeur ý
Paris et, pendant les cinq annÈes suivantes,
statthalter d'Alsace-Lorraine. Fine lame, esprit
sec et souple ý la fois, diplomate expÈrimentÈ,
attachÈ par ses origines, ý la fois aux conser-
vateurs du nord et aux libÈraux de l'Allemagne
du sud, il avait pris le parti d'obÈir: mais, sa
docilitÈ voulue se vengeait en Ècrivant, chaque
soir, les notes ironiques de ses Souvenirs, o~
personne, pas mÍme l'Empereur, n'est mÈnagÈ.
I o-


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