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The History Collection

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Hanotaux, Gabriel, 1853-1944 / Histoire illustrée de la guerre de 1914
Tome 1 (1915)

Chapitre IV: L'Allemagne politique,   pp. 63-[111] PDF (6.6 MB)


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HISTOIIRE ILLUSTRSE 1)1, LA\ <;t'RRE Di I9I j
suivant les socialistes hessois et causait avec
eux amicalement en leur offrant des cigares.
   Je ne parlerai pas des minuscules irrÈconci-
liables, les Reuss, ou les Saxe-Meiningen
qui, pour des questions de famille ou de per-
sonnes, ne mettaient jamais les pieds ý Berlin.
   Un des incidents les plus frappants, parce
qu'il caractÈrise ý merveille les limites du
pouvoir central en face du particularisme,
concerne les grands-duchÈs de Mecklembourg-
Schwerin et de Mecklembourg-Strelitz. L'un
et l'autre sont rÈgis par une constitution qui
rappelle celle de laFrance avant i789. Une diËte
composÈe de chevaliers, de dÈputÈs des villes
et de reprÈsentants de la couronne rËgle toutes
les questions de politique financiËre suivant
des mÈthodes patriarcales, Èloigne le peuple
des affaires et fronde contre les souverains.
Cet Ètat de choses scandalisait toute l'Alle-
magne. Chaque annÈe, on entendait pieuse-
iTent, au Reichstag, le discours traditionnel
sur le Mecklembourg et ses constitutions
mÈdiÈvales. Les grands-ducs s'entendirent avec
l'empereur et avec le chancelier pour mettre
fin ý une situation qui les importunait au
moins autant qu'elle vexait leurs suj ets.
   NÈanmoins, devant la rÈsistance des che-
valiers en majoritÈ, l'empereur, les deux
grands-ducs et la nation allemande ÈchouËrent.
Les duchÈs ne reÁurent pas de constitution
moderne, et, malgrÈ le dÈsir qu'ils en avaient,
ni le gouvernement impÈrial, ni le Reichstag
n'osËrent intervenir dans une affaire de poli-
tique intÈrieure qui ne les concernait pas.
    A ces jalousies entre dynasties rivales, qui
se dissimulent le plus souvent sous les dehors
de la politesse la plus exquise, viennent
s'ajouter l'antipathie profonde et l'aversion
instinctive qui sÈparent l'Allemagne du Sud
de l'Allemagne du Nord, ou plus exactement
l'Allemagne celto-germanique de l'Allemagne
germano-slave. Les Bavarois dÈtestent les
Prussiens qui mÈprisent les Bavarois. Munich
a Berlin en horreur et le plus lÈger incident
suffit ý jeter l'une contre l'autre, au moins
en paroles, ces soeurs ennemies.
   Nouis Ia\oii vu ý Saverne et ý propos
des discussions qui suivirent les hauts faits
du colonel von Reuter; mais cet incident
militaire, par le dÈnouement qu'il reÁut, indi-
que aussi la borne au delý de laquelle les par-
ticularismes sont sans action et qu'ils ne peu-
vent pas franchir. Ils reculent, dËs que le
patriotisme allemand entre en jeu.
   Au dÈbut, l'affaire de Saverne se prÈsente
ainsi: il s'agit d'un abus criant commis par
un officier prussien et par ses troupes dans
un Ètat confÈdÈrÈ qui n'est pas
la Prusse.
La BaviËre et le W urtemberg sont soulevÈs
par l'indignation. Bavarois et Prussiens se
traitent rÈciproquement de couards et exhu-
ment leur dÈfaillance militaire en i870. Au
Reichstag, la majoritÈ s'unit contre les con-
servateurs, et une partie des nationaux libÈ-
raux inflige un bl'me au chancelier, ý cause
de son langage indÈcis, plutÙt favorable ý
l'armÈe. Puis tout se calme, tout retombe ý
plat. M. Erzberger, qui avait ÈtÈ le plus vio-
lent dans ses attaques, fait amende honorable
et redevient le plus empressÈ dans ses flatte-
ries. Seuls, les Bavarois catholiques persistent
dans leur courroux et appuient, d'ailleurs
timidement, les derniers efforts socialistes
pour regagner la bataille compromise. Tout
le reste du centre catholique, malgrÈ ses ten-
dances particularistes, soutient le gouverne-
ment impÈrial.
    Pourquoi ce revirement subit? C'est que
l'enquÍte a Ètabli, qu'ý Saverne, il existait
un vieux courant ( franÁais ª hostile ý la
gar-
nison. Il a suffi que quelques gamins criassent:
Vive la France! ª pour que le bloc allemand
fst instantanÈment reconstituÈ.
    Il subsiste en Allemagne assez de parti-
cularisme local pour s'opposer ý l'envahis-
sement de l'autoritÈ administrative ou poli-
tique prussienne ou impÈriale; c'est tout ce
que l'on peut dire pour le moment. Catho-
ligues, fÈodaux, socialistes mÍme, c'est ý
leur monarchie, ý leur existence propre comme
Bavarois, Badois, Saxons qu'ils demeurent
fidËlement attachÈs. Ils n'ont aucun senti-
-O


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