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The History Collection

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Hanotaux, Gabriel, 1853-1944 / Histoire illustrée de la guerre de 1914
Tome 1 (1915)

Chapitre II: La politique de l'Angleterre: la triple entente,   pp. 27-[41] PDF (1.7 MB)


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HISTOIRE ILLUSTRSE DE LA GUERRE DE I9I4
lions de marks, avec sept millions de marks
prÈvus pour la construction de sous-marins.
Il devait atteindre, ý la veille de la guerre,
prËs de 8oo millions de marks.
    Ces progrËs imprÈvus et ceux qu'il Ètait
facile de prÈvoir, posaient, devant le Parle-
ment et devant l'opinion publique en Angle-
terre, la question du salut suprÍme sous la
forme du double pavillon. L'Angleterre serait-
elle en mesure, par ses ressources en argent
et en personnel, de faire face ý l'engagement
qu'elle avait pris traditionnellement avec elle-
mÍme d'Ítre toujours aussi forte, sur mer, que
deux marines concurrentes, quelles qu'elles
fussent,  en  les  supposant alliÈes?  Cette
inquiÈtude, accrue bientÙt par celle de
la construction des premiers Zeppelins, fixa,
au coeur de l'Angleterre, le sentiment que, sans
alliÈs continentaux, elle n'Ètait plus assurÈe
d'Ítre ý l'abri d'une invasion.
  Donc, pÈril commercial, pÈril moral, pÈril
mÈtropolitain, c'Ètait assez pour disposer l'opi-
nion publique ang'aise ý seconder ardemment
les vues  et le  systËme   politique  du roi
Edouard VII.
   Il ne peut Ítre question d'exposer ici les
lentes Èvolutions de cette politique trËs pru-
demment menÈe (i). La diplomatie anglaise
procËde rarement par des dÈclarations de
principe; elle va du fait et au fait et, selon l'ex-
pression de Bismarck, se dÈveloppe de cas en cas.
   Les rÈsultats apparurent graduellement
aux yeux du public europÈen.
   Cette politique de prÈservation et de prÈ-
caution fut poursuivie pendant tout le rËgne
d'Edouard VII, de i90i au 6 mai i910, date
de l'avËnement de Georges V, et elle fut conti-
nuÈe sous le rËgne de celui-ci. Mais les mÈnage-
ments qui y furent apportÈs Ètaient de telle
nature que la volontÈ dominante des deux
souverains et de leurs gouvernements s'appli-
qua toujours manifestement ý Èviter la guerre.
  (i). On trouvera lin exposÈ trËs complet (le ces labo
rieuses questions clans les oulxrages I(- \l?Ól IiÈionoiin
Bardoux, BÈrard, etc.
L'Angleterre, avertie par les paroles et les
actes du gouvernement allemand, prenait ses
pIrÈcautions, voilý tout.
SDOUARD VI] ET               Rappelons les
L'ENTENTE CORDIALE Ètapes de cette
sage et prudente Èvolution:
   A partir de i899, l'arrangement des diffi-
cultÈs coloniales entre l'Angleterre et la France
sur la plupart des points o~ elles Ètaient en
concurrence, laissait le champ libre ý une poli-
t que nouvelle. L'avËnement d'Edouard VII
la rendit plus active et plus apparente.
   Le Ier mai i902, le roi Edouard VII venait
ý Paris rendre visite au prÈsident Loubet
et, dans son discours ý la Chambre de com-
merce britannique, il pronoiÁait quelques
paroles frappantes: a L'amitiÈ des deux pays
est l'objet de mes constantes prÈoccupations. a
   Entre les deux pays, une convention d'arbi-
trage fut signÈe en i903, puis -ÈvÈnement
beaucoup plus important, -le 8 avril I904,
une convention franco-anglaise rÈglant diplo-
matiquement la question du Maroc et, avec
elle, le rÈsidu des difficultÈs coloniales, affaire
d'Egypte, affaire de Terre-Neuve, affaire des
Nouvelles-HÈbrides.
   C'est ý partir de cette date que se dÈve-
loppe librement le systËme de l'Entente cor-
diale. Il avait ses dangers, s'il exposait l'une
des parties contractantes ý un conflit armÈ,
sans qu'elle fut assurÈe du concours effectif
de l'autre puissance: une entente n'est pas une
alliance. Mais, peu ý peu, par la continuitÈ
des relations amicales, par la communautÈ des
vues, par l'adhÈsion d'autres puissances et
notamment de la Russie, ce rÈsultat devait
Ítre obtenu. L'Entente, rÈduite ý elle-mÍme,
Ètait un instrument de paix; mais elle avait
pleinement sa valeur si elle se transformait
en alliance pour le cas de guerre.
   L'entente cordiale, inaugurÈe par M. Del-
cassÈ, sous la prÈsidence de M. Smile Loubet,
fut heureusement dÈveloppÈe dans le sens
d'engagements de plus en plus prÈcis, par
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