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The History Collection

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Hanotaux, Gabriel, 1853-1944 / Histoire illustrée de la guerre de 1914
Tome 1 (1915)

Chapitre premier: Les origines diplomatiques du conflit,   pp. 7-[26] PDF (789.6 KB)


Page [26]


IIIS'POIRE ILLUSTRSE DE LA GUERRE DE 1914
   Ainsi, la politique gÈnÈrale de l'Europe
s'allÈgeait, la campagne d'expansion coloniale
touchait ý sa fin. Aux environs de l'annÈe i908,
l'Europe  rentrait chez elle ª.
   La Russie avait trouvÈ, dans le concours
financier et diplomatique de la France, les
moyens de franchir les passes les plus difficiles
de la crise. Elle reprenait par la base l'oeuvre
de sa restauration Èconomique, administrative
et militaire. Mais, en mÍme temps, elle se trou-
vait en prÈsence de l'effort fait par l'Autriche-
Hongrie et l'Allemagne pour profiter des cir-
constances qui l'avaient forcÈe de  s'absenter ª
de l'Europe.
   Pendant qu'elle combattait en ExtrÍme-
Orient, ses rivaux avaient fait de grands pro-
grËs en Orient. La politique austro-hongroise
n'avait pas cachÈ son dessein de tirer parti de
la dÈfaite de Moukden.
   Le comte d'Erenthal, ambassadeur d'Au-
triche-Hongrie ý Saint-PÈtersbourg, avait ý
peine quittÈ son poste pour devenir ministre
des affaires ÈtrangËres de l'empire austro-
hongrois qu'il mettait les fers au feu pour
l'annexion de la Bosnie et de l'HerzÈgo-
vine.
LES SUITES DE MOUKDEN.            C'est alors
LES BALKANS ET LE MAROC. que se dÈ-
couvrent les desseins des deux empires ger-
maniques, se combinant avec une suite et une
duplicitÈ remarquables pour aboutir, en mÍme
temps, ý une fin commune. L'Autriche entend
profiter de la position de ((recueillement)) o~
la Russie croit devoir se confiner, pour Ètendre
dÈfinitivement son autoritÈ sur le bas Danube
et la pÈninsule des Balkans. L'Allemagne
entend profiter des complications ultimes que
la conquÍte du Maroc impose ý la politique
franÁaise pour Ètablir, au dÈtriment de
la
France et mÍme de l'Angleterre, son autoritÈ
maritime et coloniale.
   Les deux empires suivront, pour arriver ý
leur but, une marche parallËle. TantÙt c'est la
question des Balkans qui est sur le tapis et
tantÙt c'est la question marocaine: les deux
jeux alternent et ont parfois des trÍves et des
retours apparents. (I)
   Mais ce qui lie les deux parties, de la faÁon
la plus Èvidente, c'est l'accord fondamental
des deux empires avec le gouvernement otto-
man (par le moyen duquel on espËre fomenter
des rÈvoltes aux Indes, au Caucase, en Perse,
en AlgÈrie): et c'est, d'autre part, la politique
des armements ý outrance, inaugurÈe ý partir
de i9g0 et qui prouve, jusqu'ý l'Èvidence, que
les gouvernements allemand et austro-hon-
grois s'attendent ý quelque chose ou, mieux,
prÈparent quelque chose.
  La politique antislave, la politique antifran-
Áaise ne sont que des manifestations parti-
culiËres de ce grand dessein ) conÁu sinon
par l'empereur Guillaume, du moins par ceux
qui l'entourent et le dominent: assurer coste
que coste l'hÈgÈmonie allemande; donner ý
l'Allemagne, comme l'a Ècrit un de ses publi-
cistes, les moyens de  respirer ª. Car elle ne
<respire)) pas quand quelque autre puissance
vit prËs d'elle dans le mÍme air.
   Cette impatience est fatale chez tous les
conquÈrants: elle finit toujours par se heurter
ý la rÈsistance des peuples menacÈs dans
leur
libertÈ; c'est la politique dite napolÈonienne ª.
Pour l'appeler par son nom, dans le cas spÈ-
cial de l'Allemagne, c'est l'impÈrialisme ou
le  pangermanisme ª. Ses excËs, aprËs avoir
ouvert, depuis longtemps, les yeux ý la Russie
et ý la France, allaient ouvrir, enfin, ceux de
l'Angleterre.
(i) Voir plus loin l'exposÈ des deux questions.


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