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The History Collection

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Hanotaux, Gabriel, 1853-1944 / Histoire illustrée de la guerre de 1914
Tome 1 (1915)

Chapitre premier: Les origines diplomatiques du conflit,   pp. 7-[26] PDF (789.6 KB)


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HISTOIRE ILLUSTRSE DE' LA GUERRE DE 19I4
   <(Pour ce qui est des populations orientales,
Ècrit CarathÈodory-Pacha dans ses MÈmoires
inÈdits, voici quelques traits qui donneront
une idÈe des sentiments que le prince-chancelier
entretient ý leur Ègard : La discussion sur la
question bulgare se prolongeant (devant le
CongrËs de Berlin), le prince s'impatienta.
Voilý deux jours, dit-il, que nous discu-
ª tons sur la question bulgare: c'est lý un
ª honneur auquel les Bulgares ne s'attendent
ª pas. Pour ce qui me concerne, je ne dis-
ª simule pas que, comme plÈnipotentiaire alle-
ª mand, je prends fort peu d'intÈrÍt ý
tous ces
ª dÈtails. Nous avons dÈcidÈ qu'il
y aura une
ª principautÈ de Bulgarie, nous ne savons pas
si on trouvera un prince de Bulgarie; si on le
; trouve, tant mieux; mais je pense qu'il est
n inutile de s'appesantir sur le point de savoir
ª de quelle nature sera la constitution que les
n notables bulgares Èlaboreront et sur laquelle
mon opinion est dÈjý faite. ª
   n Un autre jour, en donnant lecture de l'ar-
ticle 7 du traitÈ de San-Stefano, il rencontre,
dans l'ÈnumÈration des diffÈrentes populations
non bulgares auxquelles il s'agissait de garantir
des droits politiques, la dÈsignation des Koutzo-
Valaques:  Koutzo-Valaques, dit-il, voilý un
ª mot qu'on a le droit d'effacer. ª Et il passe le
crayon dessus.
   ª Salisbury ayant demandÈ, pour la seconde
fois, qu'on assign't un jour pour ce qu'il appe-
lait la  question armÈnienne ª -  Encore
ª une! ª s'Ècria Bismarck impatientÈ.
    ª Les plÈnipotentiaires ottomans et russes
discutaient sur le nombre des Lazes. Les
Anglais s'en Ètant mÍlÈs:  Milord, dit le
ª prince, s'adressant ý lord Salisbury, je ne
ª doute pas que les Lazes ne fassent partie des
ª intÈressantes populations oÔientales; seule-
ª ment, je me demande si cela vaut rÈellement
ª la peine qu'on leur consacre son temps, sur-
ª tout aux approches de la canicule. ª
    ª En un mot, le prince de Bismarck n'a
jamais manquÈ une occasion de faire voir qu'ý
son avis, la question orientale, en tant que se
rapportant ý des peuples et ý des formes de
gouvernement places en quelque sorte en dehors
du cercle de la civilisation europÈenne et n'ayant
aucun avenir, ne doit intÈresser l'Europe que
par les consÈquences qu'elle peut avoir sur les
relations des grandes puissances europÈennes
entre elles. ª
   Si je reproduis textuellement cette citation,
ce n'est pas seulement pour Ètablir l'erreur
colossale de Bismarck, considÈrant les popula-
tions balkaniques comme n'aytant aucun avenir;
c'est surtout pour prÈciser, en la recherchant
dans ses origines, l'idÈe contre laquelle il serait
bon de mettre en garde les ÈlËves de l'Ècole
bismarckienne, ý savoir que la question orien-
tale n'existe qu'en fonction des relations des
grandes puissances entre elles.
   Trente-cinq ans se sont ÈcoulÈs, et par ce
raccourci d'histoire, il est possible de constater
tout ce que l'Europe est gagnÈ si ses chefs
eussent eu, alors, une vue plus claire et plus
profonde des rÈalitÈs.
LA RUISSIE SE DSTACHE         C'est de lý, en
DE L'ALLEMAGNE              effet, que devait
naÓtreTl'orage destinÈ ý Èbranler
l'Èdifice
cons-
truit par Bismarck avec tant de soin. Il avait
bien raison de dire, dans un mot prophÈtique
dont il a essayÈ en vain de se disculper:  Les
Slaves, il faudrait leur casser la tÍte contre
le mur! ª
   L'unitÈ allemande, menacÈe par la grandeur
slave, sans avoir su se concilier les apaisements
de la France, telle est la raison diplomatique
essentielle de la guerre actuelle. Cette raison
suffirait ý tout expliquer, si l'Allemagne, par
un excËs d'imprudËnce, n'avait trouvÈ le
moyen de s'assurer, en mÍme temps, l'hostilitÈ
de l'Angleterre. Mais, avant d'en venir ý ce
point, il faut suivre les consÈquences du choix
fait par l'Allemagne quand, entre l'Autriche
et la Russie, elle se prononÁa pour l'Autriche.
   Le CongrËs de Berlin Ètait ý peine clos
que
la Russie ouvrait les yeux sur la faute qu'elle
avait commise en i870. L'Allemagne se liant
ý l'Autriche, elle n'avait qu'ý se tourner
vers la France.
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