University of Wisconsin Digital Collections
Link to University of Wisconsin Digital Collections
Link to University of Wisconsin Digital Collections
The History Collection

Page View

Hanotaux, Gabriel, 1853-1944 / Histoire illustrée de la guerre de 1914
Tome 1 (1915)

Chapitre premier: Les origines diplomatiques du conflit,   pp. 7-[26] PDF (789.6 KB)


Page 10


HISTOIRE ILLUSTRSE DE LA GUERRE DE I9I4
tromper ý la fois Saint-PÈtersbourg et Vienne,
multipliant les dÈmarches obsÈquieuses auprËs
des tzars et auprËs de leurs familles; une
intrigue allemande permanente travaillait, ý-
Saint-PÈtersbourg, pour la cause de l'Alle-
magne.
   Simples palliatifs!
   MalgrÈ tout, les Russes se mÈfiaient: ils
savaient que tout ce manËge n'Ètait pas sincËre
et que la haine de l'Allemand pour le Slave, la
jalousie d'un empire contre l'autre, l'inquiÈ-
tude de voir grandir, ý l'Orient, le colosse
moscovite, l'emporteraient sur les avis de la
prudence et de la prÈvoyance. On savait, en
un mot, ý Saint-PÈtersbourg, que Bismarck,
interrogÈ par Gortschakow dans les termes
suivants:  Si, en cas de guerre entre la Russie
et l'Autriche, l'Allemagne resterait neutre ª
(automne i876), avait rÈpondu que l'Allemagne
 ferait tout le possible pour Èviter la guerre,
mais qu'elle ne pourrait abandonner l'Autriche. ª
   Telle est, exactement, l'une des origines
diplomatiques les plus indÈniables du conflit
actuel. L'histoire marche lentement, mais elle
s'oriente, ý certaines heures, vers d'inÈluctables
destinÈes:
   La Russie, barrÈe en quelque sorte du cÙtÈ
de l'Europe par la coalition des deux empires
du centre, essaya de se retourner vers l'ob-
jectif traditionnel de sa politique europÈenne:
Constantinople et les Balkans. Mais, lý
encore, elle trouva l'opposition de l'Autriche-
Hongrie, entraÓnant ý sa remorque celle de
l'Allemagne.
   A l'entrevue de Reichstadt (juillet I876),
il se fit une sorte de partage de la pÈninsule des
Balkans entre l'influence russe et l'influence
Austro-hongroise, la Russie se rÈservant les
populations slaves situÈes ý l'orient de la-
pÈninsule et abandonnant, en quelque sorte, ý
l'Autriche les territoires occidentaux. C'est ý la
suite de cet arrangement, dont nous allons voir
les consÈquences sur les ÈvÈnements de I914,
que la Russie fit la guerre contre la Turquie
en i878. Ses victoires furent laborieuses et
sanglantes; mais, au moment o~ elle allait, ý
San-Stefano, aux portes de Constantinople,
recueillir le fruit de ses efforts, elle vit l'Au-
triche et l'Allemagne, unies ý l'Angleterre, se
lever contre elle.
  Le CongrËs de Berlin rÈunit les reprÈsen-
tants des grandes puissances europÈennes, sous
la prÈsidence du prince de Bismarck, et celui-
ci se donna la satisfaction orgueilleuse de
traduire la Russie, en la personne du chance-
lier Gortschakow, ý la barre de l'Europe. La
Russie dut dÈchirer de ses propres mains le
traitÈ de San-Stefano et apposer sa signature
sur le traitÈ que les puissances rivales, qui
s'Ètaient arrangÈes d'avance entre elles, lui
imposËrent.
L'AUTRICHE OCCUPE           Le traitÈ de Ber-
LA BOSNIE ET             lin (1879), au lieu
L'HERZSGOVINE            de rÈgler dÈfinitive-
ment la question turque, reconstituait une
Turquie opposÈe ý la Russie; il replaÁait
les
populations de la Thrace et de la MacÈdoine
sous le joug ottoman, laissant ainsi un germe
pour les futurs conflits; tout en consentant ý
la constitution de. la Bulgarie comme princi-
pautÈ indÈpendante, il rÈprimait le sentiment
national bulgare et crÈait une cause de dis-
sentiments entre la puissance libÈratrice et le
peuple libÈrÈ.
  Mais, de toutes les combinaisons qui furent
tissÈes avec un art machiavÈlique, ý Berlin,
par le gÈnie de Bismarck, aidÈ de celui de
lord Beaconsfield, la plus grave fut l'occupa-
tion, par l'Autriche-Hongrie, des territoires
serbes de la Bosnie et HerzÈgovine, du consen-
tement de l'Europe. C'Ètait crÈer, comme on
l'a dit, une Alsace-Lorraine slave dans les
Balkans.
   L'Autriche, l'Allemagne, l'Europe elle-
mÍme devaient subir, par la suite, le ch'ti-
ment de la disposition nÈfaste que la volontÈ
de Bismarck avait introduite, comme une
mine explosive, dans les dessous des affaires
europÈennes. DÈsormais les deux empires ger-
maniques Ètaient liÈs jusqu'ý la mort.
1o


Go up to Top of Page