University of Wisconsin Digital Collections
Link to University of Wisconsin Digital Collections
Link to University of Wisconsin Digital Collections
The History Collection

Page View

Hanotaux, Gabriel, 1853-1944 / Histoire illustrée de la guerre de 1914
Tome 1 (1915)

Chapitre premier: Les origines diplomatiques du conflit,   pp. 7-[26] PDF (789.6 KB)


Page 8


HISTOIRE iLLUSTRSE DE LA GUERRE DE 1914
ª ont besoinl'une de l'autre et qui s'habitueront
ª ý se haÔr au lieu de se tendre les mains
pour
ª travailler ensemble au progrËs de l'humanitÈ
!ª
   Lenbach rÈplique vivement: VWagner se
ª trompe. Bismarck n'a pas voulu l'annexion
ª de la Lorraine et de l'Alsace ý l'Empire germa-
ª nique; c'est de Moltke qui l'a exigÈe au nom
ª des intÈrÍts militaires. Bismarck a rÈsistÈ
ª tant qu'il a pu; il a ds flÈchir devant l'arrÍt
ª de l'empereur. Voilý la vÈritÈ
(i). ª
   Ainsi, malgrÈ sa clairvoyance et sa volontÈ
affirmÈe, Bismarck ne fut pas assez puissant
pour dominer l'orgueil prussien dont il n'Ètait,
d'ailleurs, lui-mÍme, que l'Èmanation supÈ-
rieure. L'ambition victorieuse fut plus forte
que la pondÈration diplomatique du grand
homme d' tat. Cette lutte entre la prudence
inquiËte et la folie ambitieuse, on peut la
suivre pendant les quarante-quatre ans qui
sÈparent I870 de i9i4; toujours la sagesse est
battue, toujours elle recule, toujours l'esprit
d'imprudence et d'erreur affole l'orgueil alle-
mand, jusqu'au moment qk la passion aura ÈtÈ
ÈrigÈe en systËme, et o~ le pangermanisme
aura
ameutÈ contre l'Allemagne la rancune et la
haine de l'univers blessÈ ou menacÈ.
L'INCIDENT        Le   premier   mouvement
DE 1875        d'humeur se manifesta en i875,
quand Bismarck, aprËs avoir menacÈ la France,
dut reculer sous la pression de la Russie et
de l'Angleterre. DÈjý, on retrouve, dans cet
incident, le rudiment des faits qui devaient
se reproduire, infiniment plus accusÈs, en 19I4.
   Le io mai i875, Gortschakow, chancelier
de l'empereur Alexandre II, mit la main sur le
bras de Bismarck, au moment o~ celui-ci le
   (i) Je tiens ces dÈtails de l'interlocuteur mÍme
de
Lenbach, personnage considÈrable par sa situation dans son
pays. Il m'a malheureusement interdit de le nommer.ª
- ª Le marÈchal bavarois von der Thann raconta plusieurs
fois le mÍme fait ý Munich, en regrettant que le point
de
vue prussien ait prÈvalu, dans le Conseil de l'empire, sur le
point de vue allemand dÈfini par le chancelier. Le rensei-
gnement m'a ÈtÈ fourni, en i878, par M. LefËvre
de BÈhaine
et confirmÈ ý Rome par la princesse de Sayn-Wittgenstein,
cousine du marÈchal. Mais Lenbach tenait ssrement son
information de Bismarck lui-mÍme. ª (L. de Foucauld,
dans
un article sur Lenbach, Revue de l'Art, io janv. 1906, p. 73.)
levait pour frapper la France; l'ayant arrÍtÈ, le
ministre russe put envoyer aux chancelleries
le fameux tÈlÈgramme qui donnait ý la Russie
l'arbitrage de la paix ou de la guerre:  Main-
tenant, la paix est assurÈe. ª Bismarck, furieux,
dit ý Gortschakow, ý peu prËs dans les mÍmes
termes dont l'empereur Guillaume s'est servi
rÈcemment ý l'Ègard du roi Georges V,  que
ce n'est pas un procÈdÈ de bonne amitiÈ
de
sauter ý l'improviste et par derriËre sur un
ami confiant et qui ne se doute de rien... ª. En
mÍme temps, il reprochait ý la reine Victoria
et ý la diplomatie anglaise  d'avoir agi avec
duplicitÈ, en affirmant qu'elles Ètaient convain-
cues de l'intention de l'Allemagne d'en venir
ý une rupture ª. L'Allemagne croit, de bonne
foi. que les autres puissances doivent une
crÈdulitÈ absolue ý ses naÔfs
mensonges diplo-
matiques.
   DËs cette Èpoque, la chancellerie allemande
devait sentir, pourtant, qu'elle aurait Èven-
tuellement contre elle l'union des trois grandes
puissances europÈennes. Bismarck s'en prenait
ý tout le monde: il est mieux fait de s'en
prendre ý lui-mÍme.
   Cette inquiÈtude inavouÈe commenÁa ý
peser
dËs lors, trËs lourdement, sur les sentiments
et les dÈterminations de la chancellerie alle-
mande. Bismarck reconnaÓt, dans ses Souvenirs,
qu'il avait le  cauchemar des coalitions ª. Il
crut prendre une prÈcaution suprÍme en fon-
dant la Triple Alliance, sans voir qu'en se
liant avec l'Autriche-Hongrie et l'Italie contre
la Russie, il jetait la Russie dans les bras de la
France, et qu'ainsi il fabriquait, de ses propres
mains, la tenaille qui devait, un jour, serrer
l'Empire allemand dans sa pince redoutable.
   Mais, dËs lors, la passion anti-russe l'aveu-
glait, comme elle devait aveugler peu ý peu
ses successeurs.
   Sa sagesse l'avertissait en vain. Il crut
qu'il obtiendrait un adoucissement dans la
politique anti-allemande de la Russie, en lui
laissant le champ libre vers Constantinople;
il contracta, avec elle, ces fameux traitÈs
de rÈassurance, dont l'ambiguÔtÈ essayait
de
8


Go up to Top of Page