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The History Collection

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Hanotaux, Gabriel, 1853-1944 / Histoire illustrée de la guerre de 1914
Tome, 14 (1922)

Chapitre LX (suite)/ Le front occidental en 1915/ La guerre des tranchées,   pp. 1-[58] PDF (33.5 MB)


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HISTOIRE ILLUSTRSE  DE LA GUERRE DE 19I4
des Zeppelins, les assassinats de miss Cavell et
du capitaine Fryatt, le crime du Lusitania,
firent plus que tout pour vaincre l'individua-
,lisme et rÈparer les erreurs et les lenteurs du
peuple anglais. DËs cette Èpoque,  M. Britling
commence ý voir clair ª. Le I5 aost i9i5, on
procËde au recensement gÈnÈral des ressources
du pays; on apprend ainsi qu'en dehors de
3 millions d'hommes sous les armes, il reste
5 0ii 000 hommes 'gÈs de dix-huit ý quarante-
un ans. Kitchener veut user une derniËre fois
du principe traditionnel de l'engagement vo-
lontaire. Il confie ý lord Derby la direction du
recrutement, et le  systËme Derby ª est appli-
quÈ: le ii-dÈcembre, 2 250 000 hommes mariÈs
ou cÈlibataires ont  attestÈ ª de leur volontÈ
de
combattre lorsqu'on aurait besoin d'eux; mais
275 000 seulement se sont enrÙlÈs, et 650 000
cÈlibataires n'ont pas rÈpondu ý l'appel des
armes. MalgrÈ tout, le recrutement volontaire
reste insuffisant. On ne pouvait plus attendre.
La loi sur le service obligatoire fut votÈe en
janvier i9i6: elle ne concernait d'ailleurs que
les cÈlibataires non inscrits et ne valait que pour
la durÈe de la guerre. Ainsi, aidÈ par le bel effort
des Dominions et, notamment, du Canada, qui
jusqu'ý la fin de i9i6 envoya 435 000 hommes,
Kitchener avait transformÈ et multipliÈ la mi-
sÈrable petite armÈe ª et forgÈ l'arme qui devait
assurer, en i9i6, la victoire de la Somme.
  DispersÈ par l'invasion, le peuple belge ne
fournissait pas une moindre contribution ý la
t'che commune ; en Belgique, il supportait cou-
rageusement, sous l'Ègide du cardinal Mercier, le
joug de von Bissing; en France, en Angleterre,
il travaillait aux usines et rÈpondait aux appels
du gouvernement. L'armÈe belge se rÈorgani-
sait et se recomplÈtait ý I70 000 hommes en
campagne, gardant sur l'Yser le dernier lam-
beau du sol national et prÍte, l'heure venue,
aux sacrifices nÈcessaires.
  Le rÙle de cette aile gauche constituÈe et con-
solidÈe par les armÈes anglaises et belge, le
gÈnÈral Joffre l'avait dÈfini ainsi le I3 aost:
 NÈcessitÈ de couvrir ý tout prix les trois ports
de Dunkerque, Calais et Boulogne. ª Lý Ètait
en effet le noeud de communications de la coa-
lition. Il importait que fst toujours en pleine
sÈcuritÈ ce point capital par o~ les  divisions
Kitchener ª arrivaient en renfort du front occi-
dental.
  De jour en jour, d'ailleurs, la parfaite com-
prÈhension que Joffre avait du rÙle Èminent
de l'Angleterre l'amenait ý resserrer les liens
qui unissaient les armÈes dont il Ètait reconnu,
nous l'avons dit, le gÈnÈralissime ª. Il affir-
mait ý French, en ces termes justes, le i9 no-
vembre, son dÈsir d'unitÈ de front, d'action,
de commandement:  J'estime comme vous
que les troupes franco-anglaises ne forment
qu'une seule et mÍme armÈe dont les res-
sources encore intactes de l'Angleterre cons-
tituent la principale rÈserve. ª
  La France, de son cÙtÈ, ne pouvait faire plus.
Elle avait sacrifiÈ, pour les besoins de l'armÈe,
jusqu'ý son dernier homme. MalgrÈ ses pertes
qui, ýla fin de i9i5, s'Èlevaient ý gooooo morts
et prisonniers, son armÈe en campagne com-
prenait, ý la mÍme date, 2 8oo 000 hommes, soit
500 000 de plus qu'ý la fin de I9I4. C'Ètait une
extrÍme limite dans l'effort de recrutement
aussi, le haut commandement rechercha-t-il,
ý partir de ce moment, la fixitÈ des effectifs
jusqu'ý la fin de la guerre.
  Cette Èpoque que nous venons de voir si
fÈconde et qui va de la bataille de Champagne
ý la bataille de Verdun, un ÈvÈnement la
domine, qui est pour ainsi dire le clou de cette
exposition des activitÈs et des efforts des AlliÈs:
c'est la ConfÈrence de Chantilly du 6 dÈcembre.
Il nous reste ý en parler, non seulement parce
qu'elle clÙture cette annÈe vÈnÈrable
ª de
i9i5, qui fut tout entiËre une longue espÈrance,
mais parce qu'elle ouvre l'annÈe i9i6 et pro-
jette sur elle une lumiËre Èclatante qui la gui-
dera jusqu'ý sa fin victorieuse.


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