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The History Collection

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Hanotaux, Gabriel, 1853-1944 / Histoire illustrée de la guerre de 1914
Tome, 1 (1915)

Chapitre VIII/ Les puissances européennes: la Turquie,   pp. 174-[191] PDF (8.5 MB)


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IISI'(oIIl IL I             LUD I A (,GUERR1  1)1: I11
l'empire d'Allemagne et de l'empire romain.
  Ce systËme, imposÈ avec une habiletÈ su-
prÍme, avait rencontrÈ, d'abord, toutes les
faveurs de l'Angleterre, qui, comme com-
pensation de son adhÈsion, avait obtenu
Chypre et l'Sgypte; la France, rÈduite au
silence, avait agrandi son empire afri-
cain par la conquÍte de la Tunisie. La
Russie, battue, s'Ètait rÈfugiÈe dans l'isole-
ment et avait travaillÈ ý son dÈveloppement
vers l'Asie.
  Tout paraissait tranquille. Mais le profond
calculateur n'avait pas tenu compte des deux
donnÈes essentielles du problËme: d'une part,
l'Ètat de dÈliquescence de l'empire turc lui-
mÍme, et, d'autre part, la force croissante des
revendications balkaniques, tenues avec soin
ý la porte du congrËs de Berlin.
  On avait cru les rÈduire au silence: elles
feraient parler d'elles. On avait rÈsolu de les
subordonner ý l'Autriche et, indirectement, ý
l'Allemagne: elles prouveraient qu'elles avaient
du sang dans les veines, - et un autre sang que
celui qui coulait dans les veines des Turcs et
des Allemands.
  L'erreur de Bismarck, ÈlËve de FrÈdÈric
le Grand et des copartageants de la Pologne,
Ètait de croire que l'on dispose des territoires
sans l'aveu des populations qui les habitent.
Vue rÈgressive, vue fÈodale, o~ s'attardait le
gÈnie allemand, aprËs avoir dÈgagÈ
lui-mÍme
l'unitÈ allemande au nom   du principe des
nationalitÈs.
LES STATS           MalgrÈ tout, les sacrifi-
BALKANIQUES       ces qui avaient prÈcÈdÈ
la guerre de 1877-78 et l'intervention de
la Russie n'avaient pas ÈtÈ vains. Un nouveau
progrËs avait ÈtÈ accompli et sanctionnÈ
par le
traitÈ de Berlin lui-mÍme dans le sens de la
libÈration des peuples.
  Le MontÈnÈgro avait reÁu quelques marques
de la haute protection russe et notamment le
port d'Antivari lui donnant accËs sur l'Adria-
tique; il est vrai qu'on avait refoulÈ rude-
ment ses aspirations, en le plaÁant, en quelque
sorte, sous la haute surveillance (le l'Autriche
mais il attendrait.
  La Serbie, qui avait ÈtÈ une des causes
initiales de la guerre, fut abandonnÈe par la
Russie et sacrifiÈe ý l'Autriche qui, en lui fai-
sant attribuer les districts de Tern et de
Pirot, affecta de la prendre sous sa protec-
tion.
  La Roumanie, dont l'indÈpendance fut re-
connue, perdit la Bessarabie et n'obtint, en
retour, que des concessions assez maigres
dans la rÈgion de la Dobroutcha  concessions
que la France put accroÓtre un peu au dernier
moment.
  La GrËce, soutenue Ègalement par la France,
obtint, aprËs une longue et pÈnible nÈgociation,
une rectification de frontiËre dans les pro-
vinces de Thessalie et d'Epire.
  La grande oeuvre du congrËs de Berlin et la
seule qui pst Ítre considÈrÈe comme le paie-
ment de la victoire russe, fut la crÈation de la
Bulgarie. Les dÈlÈguÈs bulgares traÁaient,
en
ces termes, le programme de son action future
dans la pÈninsule balkanique, si on lui per-
mettait seulement de s'affranchir et de s'orga-
niser:  Le peuple bulgare demande sa propre
autonomie avec un gouvernement national
garanti par les grandes puissances protec-
trices des chrÈtiens d'Orient, unique moyen de
pouvoir vivre paisiblement et se dÈvelopper
graduellement. L'autonomie du peuple bul-
gare, dans ces conditions, pourrait seule le
rendre capable de devenir, par ses propres
lois et ses propres forces, l'un des agents les
plus actifs et les plus persÈvÈrants du progrËs
et de la civilisation dans l'Europe occidentale;
elle serait, en mÍme temps, la garantie la plus
ssre d'une paix durable, dans la plus grande
partie de la pÈninsule des Balkans. Et il n'y
a qu'elle qui puisse empÍcher, dans l'avenir,
le retour des atrocitÈs qui ont justement sou-
levÈ l'indignation du monde civilisÈ. Il arrive
ý croire, qu'aprËs les cruelles Èpreuves aux-
quelles il a ÈtÈ soumis par ses maÓtres,
l'Europe
ne voudra plus mettre derechef ces derniers
en Ètat de la pousser ý des actes de dÈses-


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