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The History Collection

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Hanotaux, Gabriel, 1853-1944 / Histoire illustrée de la guerre de 1914
Tome, 1 (1915)

Chapitre VIII/ Les puissances européennes: la Turquie,   pp. 174-[191] PDF (8.5 MB)


Page 176


HISTOIRE ILLUSTRSE DE LA GUERRE DE I9I4
monde Ètaient devenus dÈserts. Enfin et .ur-
tout, les communautÈs chrÈtiennes ne pou-
vaient plus supporter le joug: animÈes par le
souffle d'indÈpendance que les temps nou-
veaux rÈpandaient sur le monde, elles se
soulevaient et s'offraient en holocaustes pour
prendre le monde par la pitiÈ.
  La politique Ètait intÈressÈe ý
ne pas laisser
les choses se faire d'elles-mÍmes: une rÈpres-
sion  violente et victorieuse est confirmÈ
l'Ètablissement des
Turcs en Europe
avec toutes les com-
plications qu'ilpro-
voque; une rÈvolte
heureuse des popu-
lations locales est
rÈsolu les  ques-
tions  d'Èquilibre
sans tenir compte
des intÈrÍts  des
puissances. La di-
plomatie interve-
nait donc, parfois
heureusement,
parfois maladroite-
ment. Les rÈvoltes,    DAMES T[TRQIUES I
les guerres, les pa-
cifications provisoires et le malaise perma-
nent, tout s'enchevÍtrait dans les complexitÈs
infinies du problËme.
  En somme, les puissances europÈennes, qui
furent et se crurent longtemps maÓtresses des
ÈvÈnements, hÈsitaient entre deux partis
ý
prendre: le maintien de l'intÈgritÈ de l'empire
ottoman qui reportait les solutions au lende-
main; l'intervention en faveur des peuples
et des communautÈs balkaniques.
  Les diplomates furent toujours pour la pre-
miËre solution et les peuples pour la seconde.
  On sait comment la politique des peuples
l'emporta le plus souvent, comment l'inter-
vention europÈenne courut ý l'aide des popu-
lations rÈvoltÈes, pour libÈrer graduellement
la GrËce, la Roumanie, la Serbie, le MontÈ-
nÈgro, la Bulgarie; on connaÓt le rÙle de
la
France (dont le protectorat sur les catholiques
maintenu en Orient assurait une certaine survi-
vance de la civilisation occidentale),de l'Angle-
terre, de la Russie, fille de la Byzance ortho-
doxe, soeur aÓnÈe des populations slaves des
Balkans.
  C'est ý l'intervention de la Russie en I877-78
qu'est due la plus rÈcente crise de l'empire
d'Orient, avant les ÈvÈnements actuels. Au
congrËs de Berlin, Bismarck prÈtendit rÈgler,
                           au nom de l'Eu-
                           rope, une des pha-
                4' tses de la question
     X          X         d'Orient.
        f Il            ~~~~Il est    inutile
                           d'ajouter qu'il se
          'JNi       u    prÈoccupait   sur -
                          tout des intÈrÍts
                          de l'Allemagne.
    I 0                      D'accord  avec
                          l'Angleterre   et
                          avec  l'Autriche -
                          Hongrie, il se mit
                          en travers de, la
                          victoire russe et,
                          en se refusant, au-
 CONSTANTINOPLE           tant qu'il Ètait en
                          lui, ý prÍter l'o-
reille aux revendications des communautÈs
balkaniques, il remit le sort de la Turquie
aux Turcs eux-mÍmes ; mais, il introduisit,
*dans le dÈbat, un ÈlÈment nouveau, les
ambi-
tions de l'Autriche-Hongrie, qui se posait,
sous son Ègide, en copartageante de la pÈnin-
sule des Balkans; du mÍme coup, il faisait
le chemin ý l'influence germanique.
  C'Ètait un nouveau et puissant facteur qui
se glissait ainsi dans les affaires orientales.
La grande Germanie, cimentÈe par les vic-
toires de i866 et de I870, par la consti-
tution de l'alliance entre Berlin et Vienne,
cherchait son expansion en Orient. La Tur-
quie devenait la protÈgÈe des deux em-
pires; son territoire n'Ètait plus vers l'Asie que
la traÓne du magnifique manteau impÈrial
taillÈ en plein drap par la Prusse, hÈritiËre
de
1)E


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