University of Wisconsin Digital Collections
Link to University of Wisconsin Digital Collections
Link to University of Wisconsin Digital Collections
The History Collection

Page View

Hanotaux, Gabriel, 1853-1944 / Histoire illustrée de la guerre de 1914
Tome, 1 (1915)

Chapitre VII/ Les puissances européennes: l'Autriche-Hongrie,   pp. 153-[171] PDF (10.0 MB)


Page 168


HISTOIRE ILLUSTRSE DE LA GUERRE DE 19I4
illustre tradition, il paraÓt n'avoir eu d'autre
pensÈe que celle de reprendre les territoires
que sa couronne avait perdus ou d'en acquÈrir
de nouveaux. Il ne pardonna jamais ý Napo-
lÈon III la double diminution de i859 et de
i866; on disait que, si on lui ouvrait le
coeur, on y trouverait gravÈ le mot VÈnÈtie.
Tout plutÙt que de renoncer ý une nouvelle
province; car il sait que si la souverainetÈ
suit la race, c'en est fait de l'Empire.
  Il ne pardonna pas ý Andrassy, qui pour-
tant avait fondÈ    la  Triple-Alliance, de
n'avoir pas annexÈ la Bosnie et l'HerzÈgovine,
en i878; il en voulut ý tous ceux qui contra-
riËrent cette mesure; il se refusait ý en voir les
dangers; c'est par lý que devaient le prendre
ceux qui poussËrent sa vieillesse affaiblie vers
la faute suprÍme. Le mystËre de ses rÈsolu-
tions est enfoui pour longtemps dans les archives
autrichiennes. Et, mÍme, il est possible qu'il
n'ait pas dÈvoilÈ sa pensÈe ý
personne et qu'il
n'en subsiste nulle trace ; car ce monarque
incertain est vouÈ au silence.
  Dans les traits du vieillard cassÈ et ridÈ,
appelant la mort, - mais pour la ruer sur le
monde, - qui reconnaÓtrait le jeune homme
vÍtu de blanc, au teint rose, ý l'oeil clair,
qu'une vague de libÈralisme porta au pouvoir
en i848, pour survivre ý tous ses contempo-
rains, aprËs les avoir tous abandonnÈs ?
  Ceux qui ont tentÈ de dÈfinir son caractËre
n'ont trouvÈ sous leur plume que des expres-
sions comme celles-ci:  prudence temporisa-
trice, cynisme plein de bonhomie, plasticitÈ
de l'esprit, facultÈ d'adaptation n. C'est peu,
s'il s'agit de dÈfinir un souverain qui se sur-
vÈcut ý lui-mÍme pour montrer, dans l'extrÍme
vieillesse, le grandissement effroyable de ses
dÈfauts jusqu'au point o~ ils ne se con-
tiennent plus et dÈchaÓnent les catastrophes.
L'ARMSE       L'empereur, maÓtre des terri-
            toires qui composent l'Autriche et
la Hongrie, aux confins de l'Europe et de
l'Asie, responsable de la sÈcuritÈ et de la
prospÈritÈ de 50 millions d'hommes, chargÈ
d'une des plus hautes fonctions europÈennes,
alliÈ fidËle de la redoutable et convoi-
teuse Allemagne, ne peut remplir ces divers
devoirs que par la force de son armÈe.
  Il faut  considÈrer l'armÈe austro-hon-
groise comme un appoint prÈvu de l'armÈe
allemande; c'est la seule maniËre d'apprÈcier
exactement la situation militaire de l'Alle-
magne, au centre du continent europÈen.
  L'alliance franco-russe mettrait l'empire
des Hohenzollern dans une trËs mauvaise
posture s'il n'avait ý lui opposer l'alliance
austro-allemande. Bismarck avait pris les
devants, quand il fondait cette combinaison
diplomatique et militaire et quand il la com-
plÈtait par l'adhÈsion de l'Italie, qui, d'ailleurs,
Ètait en droit de faire dÈfaut ý ses alliÈs,
en cas
d'offensive de leur part, dans le conflit europÈen.
  L'Autriche-Hongrie, dont la population se
dÈcompte ainsi: Autriche, 28 millions 500.000
habitants, Hongrie, 20 millions 840.o0o, Bos-
nie et HerzÈgovine, 2 millions, reprÈsente un
total de plus de 5i millions d'habitants.
  L'Empire, s'il appelait toutes ses forces dis-
ponibles, pourrait rÈunir plus de cinq millions
d'hommes sous les drapeaux. Mais, la diversitÈ
des races et les conditions budgÈtaires ont sin-
guliËrement compliquÈ ici l'application du prin-
cipe de la ((nation armÈe ª. En fait, des ÈlÈments
trËs disparates contribuent ý la constitution
de l'armÈe austro-hongroise et l'affaiblissent.
  En raison du fait que l'Empire se compose
de deux parties bien distinctes: les pays  re-
prÈsentÈs au Reichsrath ª (Autriche) et les
 pays de la couronne de Hongrie ª, il existe
trois armÈes diffÈrentes:  l'armÈe commune
ª
ou armÈe impÈriale et royale, relevant du minis-
tËre de la guerre  commun n ; la landwehr
impÈriale-royale autrichienne (ou cisleithane)
et son landsturm relevant du ministre de la
 DÈfense du pays de Vienne n ; la landwehr
royale hongroise et son landsturm (HonvËd)
dÈpendant du ministre de la DÈfense du pays
de Budapest. Chacune de ces armÈes a son
budget spÈcial votÈ: pour l'armÈe commune,
par les  DÈlÈgations n des deux Parlements
16X


Go up to Top of Page