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The History Collection

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Hanotaux, Gabriel, 1853-1944 / Histoire illustrée de la guerre de 1914
Tome, 1 (1915)

Chapitre VII/ Les puissances européennes: l'Autriche-Hongrie,   pp. 153-[171] PDF (10.0 MB)


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HISTOIRE ILLUSTRSE DE LA GUERRE DE I9I4
une grande influence parce que son intelligence,
ý la fois spÈculative et pratique, peut s'Èlever
au-dessus du localisme et que son internatio-
nalisme naturel est capable de saisir et de
faire comprendre ý des populations rÈfrac-
taires la dose d'intÈrÍt gÈnÈral
qui doit pÈnÈ-
trer l'Ètroitesse d'esprit des nationalitÈs, au
moment o~ elles tendent ý s'organiser.
  Au-dessus de la masse flottante du peuple
laborieux, agricole, industriel, animÈ dans les
centres urbains par l'ÈlÈment socialiste et par
l'excitant juif, mais tenu en bride par la
police et l'administration, vit une noblesse qui,
sans avoir conservÈ d'autoritÈ fÈodale,
garde
une certaine habitude d'Ítre ý sa place et chez
elle, ý la cour et dans le gouvernement ; elle
s'attend aussi au respect traditionnel qui lui
est ds par le reste de la sociÈtÈ.
  On n'imagine pas la confiance en soi, la hau-
teur naturelle et presque bonhomme, la bÈati-
tude possÈdante de cette classe, persuadÈe
qu'elle se suffit ý elle-mÍme.     a
  On a dit que la  premiËre n sociÈtÈ, en
Au-
triche, est une sociÈtÈ de c cousins n. Cela veut
dire que ces familles ont les mÍmes intÈrÍts,
les mÍmes privilËges, presque les mÍmes biens
et que tout le mÈcanisme de l'Etat leur paraÓt
destinÈ uniquement ý les leur conserver. Ces
aristocrates ne sont pas odieux, ils seraient
plutÙt encombrants, par la place que tient leur
inutilitÈ satisfaite. On raconte que, comme le
comte Czernin Ètait ý la mort, son serviteur
l'entendit murmurer:  Et quand le Seigneur
me demandera:  Qu'as-tu fait de ta vie ? n
il faudra rÈpondre n O ! Seigneur ! J'ai tuÈ des
  liËvres, tuÈ des liËvres, tuÈ des
liËvres
!!
  Et, en effet, la chasse et le jeu sont leur prin-
cipale occupation. Il faut distinguer, pourtant,
entre les grands seigneurs autrichiens et les
grands seigneurs polonais ou galiciens ; ceux-ci
ont un sens plus exact et plus prÈcis des rÈa-
litÈs. Ils ont jouÈ dÈj ý un
rÙle remarquable
dans les destinÈes de l'empire ; les Golu-
chowski, les Potocki sont des noms illustres,
rÈpondant ý une conception spÈciale du rÙle
de l'aristocratie parmi les peuples sur cette
( frontiËre de l'Europe et de l'Asie n. L'empe-
reur FranÁois-Joseph, faisant rÈcemment appel
ý la fidÈlitÈ de sa noblesse galicienne
disait:
n Je vois dans les paroles qui m'ont ÈtÈ
adressÈes et qui sont inspirÈes par un vÈri-
table patriotisme, une nouvelle preuve du
loyalisme envers moi et envers ma maison (il
ne dit pas envers l'Empire) par lequel s'est
distinguÈe la noblesse de mon royaume de
Galicie... Vous voudrez bien, vous, reprÈsen-
tants de la noblesse de Galicie, faire savoir
partout que mon royaume de Galicie peut
compter sur mon intÈrÍt le plus vif dans
cette pÈriode d'afflictions. n L'Empereur peut-
Ítre suivait, du fond de sa vieillesse accablÈe,
le vieux rÍve, tant de fois refoulÈ, d'une
coopÈration plus Ètroite des ÈlÈments
slaves
au salut de la monarchie.
L'EMPEREUR        L'empereur, en Autriche-
                 Hongrie, a un tout autre ca-
ractËre traditionnel que l'empereur d'Alle-
magne et les autres souverains qui portent
le mÍme titre dans le monde: il est le
fils des temps, hÈritier direct du saint empire
romain; sa fonction impÈriale n'est pas nÈe au
cours d'ÈvÈnements rÈcents, selon la volontÈ
des hommes ou les alternatives de l'histoire.
  S'il reste un pays au monde o~ le souverain
puisse prononcer la parole:  L'Etat, c'est
moi ª, c'est en Autriche-Hongrie. Non pas que
le prince soit un monarque absolu, mais parce
que, sans lui, il n'y aurait pas d'Stat: l'Au-
triche n'existe que, par lui. Supprimez la dy-
nastie, vous supprimez l'empire. Dans ce
sens, l'empereur d'Autriche est encore  de
droit divin n, puisqu'il est prÈdestinÈ ý
Ítre
le lien suprÍme entre tous ses peuples.
  Ce caractËre de  l'empereur n lui assure
un rÙle trËs actif dans la vie politique et ce rÙle
consiste ý se sauver lui-mÍme constamment
pour sauver l'empire. Aussi, le monarque
austro-hongrois peut Ítre et doit Ítre cons-
tamment ÈgoÔste, mobile et ingrat, car il ne
doit lier sa cause ý aucune cause particuliËre;
s'il Ètait trop longtemps ý un homme, ý
un
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